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"Un jour, la terre", Besomi Colette (France) codoran@orange.fr
Un matin, en se réveillant, la terre s’est sentie très lasse à force de toujours tourner autour du Soleil. Elle a décidé alors de prendre un peu de repos et de ralentir son rythme, histoire de souffler un peu.
Et c’est bien normal. Car la planète Terre est une très vieille dame âgée de plusieurs milliards d’années. Depuis le début de son existence, elle n’a jamais cessé de faire des pirouettes devant son seigneur et maître, l’astre brillant. Trois cent soixante cinq tours de valse par an, et cela, répété des centaines de fois à travers les siècles ! Des milliers de fois à travers les millénaires ! Des millions et des milliards de fois depuis sa naissance !
Depuis quelques années déjà, les médecins se relaient à son chevet : il y a là des géologues, des météorologistes, des vulcanologues et j’en passe. Tous tirent la même sonnette d’alarme.
- N’accablons pas davantage notre planète ! Apprenons plutôt à la protéger pour l’avenir de nos enfants.
Voilà donc que la Terre a réduit de moitié sa vitesse de rotation sur elle-même.
Catastrophe !
Les effets de ce changement se sont fait sentir aussitôt puisque, maintenant, les jours durent vingt quatre heures ainsi que les nuits.
Les hommes, les animaux et les plantes supportent mal la clarté durant ces longues journées. Par contre, ils s’ennuient à mourir dans l’obscurité qui n’en finit pas.
Les médecins sont débordés. Ils ne soignent plus que les brûlures du Soleil, les insolations et les migraines. Difficile de trouver des crèmes anti-solaires dans les pharmacies et les grandes surfaces. Les lunettes de soleil se vendent à prix d’or chez les opticiens.
De leur côté, les vétérinaires ne savent plus où donner de la tête : quand il fait clair, le bétail et les animaux de ferme passent leur temps à brouter ou à picorer et ils doublent de volume. Par contre, pendant la longue nuit, ils dépérissent. Les coqs sont désorientés, leur horloge s’est déréglée.
Quant aux agriculteurs, pendant la longue journée ils arrosent sans relâche les légumes et les arbres assoiffés. Pour retrouver, au bout de la nuit interminable, leur production toute rabougrie et bonne à jeter.
Le Soleil s’aperçut bien vite que quelque chose ne tournait pas rond dans son système. Il chargea son secrétaire de mener une enquête et de lui rapporter le nom d’un responsable. Celui-ci envoya un télégramme à la Lune en lui demandant son avis sur la situation. Réduite à une fine parenthèse dans le ciel, elle lui répondit avec sa douceur habituelle.
- Monsieur, en réponse à votre demande, je vous fais savoir que Madame la Terre semble avoir des problèmes ces temps-ci. Je sais qu’elle a ralenti sa marche, ce qui me perturbe un peu dans mes déplacements, mais je ne l’ai pas entendu se plaindre. Et pourtant, elle a tellement à faire !
Le secrétaire fit part à son maître du message lunaire et ce dernier entra dans une grande colère.
- Ma parole, la Terre est devenue folle, elle a perdu la boule !
Il se tourna vers son secrétaire et lui demanda de le mettre illico presto en contact avec la coupable.
- Madame la Terre, tonna-t-il dans un souffle brûlant, qu’est-ce que j’apprends ? Vous vous permettez des fantaisies dans votre itinéraire ?
La Terre s’inclina respectueusement, ce qui engendra des inondations dans beaucoup de pays et une forte houle dans les océans.
- Majesté, il ne s’agit pas d’un caprice de ma part, mais …
Le Soleil ne la laissa pas terminer sa phrase.
- Si ce n’est pas un caprice, cela ressemble bien à une révolte !
La Terre frémit de peur devant cette colère et cela déclencha des tremblements de terre un peu partout.
- Sire, je ne veux pas vous fâcher, mais, en vérité, je suis très fatiguée.
- Fatiguée ? On ne peut pas se permettre d’être fatiguée quand on a des responsabilités comme les vôtres ! Et vous avez la responsabilité de six milliards d’êtres humains, sans compter les plantes et les animaux qui vivent chez vous !
Malgré sa crainte, la Terre insista.
- Votre Noblesse, le mal qui me ronge est visible. Regardez ma peau, elle est couverte de volcans qui explosent un peu partout en semant la désolation. Ceci n’est que la partie visible, car au-dessous de ma carapace que je croyais solide, il y a des frissons de fièvre qui passent. Ils provoquent des séismes terribles et des milliers de gens perdent la vie. En regardant plus profond encore, dans mes océans, des vagues gigantesques se soulèvent et arrivent sur les terres avec une force inouïe et dévastatrice.
Dans un profond soupir, elle ajouta :
- Ces désastres me chagrinent beaucoup.
Le Soleil n’était pas convaincu.
- Vous savez que vous ne pouvez rien contre le vieillissement. Vous entrez dans le troisième âge maintenant et c’est normal que vous ressentiez quelques douleurs ça et là. Vous et Moi sommes nés à la même époque, il y a quatre milliards et demi d’années. Regardez comment je me porte, Moi !
Il ajouta :
- Il est vrai que j’appartiens à la race noble puisque je suis le Roi, le Roi Soleil !
Il lança autour de lui quelques rayons de fierté.
Si elle avait osé, la Terre aurait répondu :
- Mais Vous, l’étoile de ce système, Vous ne faites rien sinon brûler et nous envoyer de l’énergie. Moi, je dois supporter sur mon dos une énorme quantité d’hommes qui sillonnent les terres et les mers, qui escaladent mes montagnes ou qui fouillent dans mon sol pour en extraire des minéraux. Pire ! Ils descendent au fond des mers pour découvrir je ne sais quoi, du pétrole, peut-être ? Car ils sont devenus avides ! Ils ont construit toutes sortes de machines pour se déplacer, ils ont inventé l’électricité, le téléphone, des engins qui travaillent à leur place dans les champs, dans les usines ! L’arme nucléaire a remplacé la massue de leurs aïeux !
Mais elle ne pouvait pas dire cela à son Roi.
D’un ton sec, il reprit :
- Je suis le Roi Soleil, votre seigneur et maître et c’est Moi qui décide !
La Terre s’inclina encore, ignorant que son geste mettait les rivières en crue tandis que les icebergs s’entrechoquaient au large du Canada.
- Majesté, je Vous témoigne toute ma reconnaissance pour me donner la lumière et la chaleur nécessaires à la vie. Je sais que Vous êtes le plus grand de tous les grands dans l’univers, celui qu’on ne peut regarder en face sous peine de perdre la vue, mais …
- J’étais sûr qu’il y aurait un « mais », ricana le Soleil dans un souffle puissant qui mit le feu dans les forêts de par le monde. Alors, que se cache-t-il derrière ce « mais » ?
- Ma santé décline, mes mines de charbon ont pratiquement disparu, mes puits de pétrole s’épuisent peu à peu, ce qui occasionne des rivalités et des guerres un peu partout. Les catastrophes engendrent le deuil et la détresse et certains de mes pays sont particulièrement touchés par une misère profonde. Je suis tellement désespérée, Sire ! Pouvez-Vous faire quelque chose pour moi ?
Le Soleil était agacé, il n’aimait pas voir ses planètes pleurnicher ainsi.
- Regardez autour de vous, Madame la Terre, regardez vos sœurs Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et autres ! Est-ce qu’elles se plaignent, elles ? |
- Elles ne sont pas habitées, il me semble, elles ne vivent pas mes soucis et mes souffrances.
Là, le Soleil devint rouge de colère.
- Suffit ! Madame la Terre, Je vous ordonne de reprendre votre rythme de rotation normal, comme Je l’ai prévu au début des temps !
La Terre poussa un profond soupir qui déchaîna des vents furieux. Un peu partout dans le monde, arbres et toitures furent arrachés et des tornades semèrent la terreur.
- Je voudrais bien Vous obéir, Majesté, mais je n’en ai pas la force. Je ne peux rien contre la tristesse qui m’envahit.
Le Soleil ne sut que répondre. Il était perplexe car la douleur et la sincérité de la Terre étaient arrivées à l’ébranler et, finalement, à l‘émouvoir.
- Je vais réfléchir à la question, lança-t-il d’un ton bougon.
La discussion s’arrêta là.
Il décida d’en parler à la Lune. Elle était sage et de bon conseil. Il savait que son attitude froide et distante n’était qu’une apparence. Les planètes savaient que sa beauté et sa douceur avaient toujours attiré le Soleil. Ne le voit-on pas devenir tout rouge lorsqu’il descend sur l’horizon ? Il sait qu’il va apercevoir, un court instant, sa chère amie dans son habit de soirée, or sur fond noir.
Il aimait le mystère dont elle s’entourait, il savait que sur la planète Terre, les humains l’admiraient, entourée de son halo. Ils avaient même composé pour elle une chanson qui célébrait son clair de lune. Elle était l’amie des rêveurs, la complice des poètes.
Espiègles, les comètes s’amusaient à plonger vers l’astre de feu en lançant dans un grand rire :
- Le Roi est amoureux, le Roi est amoureux, Il a rendez-vous avec la Lune !
Leur chevelure de nuages et leur queue de poussière arrivaient presque à toucher le Soleil.
Le Soleil attendit que la Lune passe par là, entre Lui et le Terre. Il profita de cette éclipse pour lui demander :
- Lune, ma douce, la Terre Me cause bien des soucis ces derniers temps. Elle refuse de M’obéir en prétextant une grande lassitude. Est-ce qu’elle t’aurait fait des confidences ?
- Sire, je ne l’ai jamais entendu se plaindre, mais je l’entends parfois soupirer.
Le Soleil ne se laissa pas convaincre par ces paroles.
- Elle Me dit qu’elle n’a plus le courage de tourner sur elle-même et, encore moins autour de Moi. Toi, tu as la même vocation, tu tournes autour d’elle et pourtant tu ne dis rien.
- Majesté, ma course est bien moins longue que la sienne. Et Vous savez bien que je suis plus légère qu’elle puisqu’il n‘y a pas de vie chez moi.
L’astre de feu insista.
- Elle prétend qu’elle abrite trop de monde !
La Lune sourit tristement.
- J’aimerais tant qu’il en soit de même ici !
- Ne te plains pas, tu as déjà eu de la visite, rétorqua le Soleil d’un ton bougon.
- Oui, c’est vrai et j’ai un souvenir merveilleux de ce jour où un homme a foulé mon sol pour la première fois !
Le Soleil soupira.
- Que puis-Je faire alors, ma douce amie ? Parle, tu sais bien que J’ai toujours écouté tes conseils.
La Lune resta silencieuse un long moment. Puis elle se décida enfin à parler.
- Je pense que la Terre est un peu dépressive en ce moment. Elle a besoin d’aide, d’encouragements et de reconnaissance. C’est sûr que Vous ne la guérirez pas, mais quelques paroles de réconfort venant de Votre part lui feront le plus grand bien. A mon avis, ce serait le remède qui pourrait la remettre sur pied.
L’éclipse tirait à sa fin. Avant de prendre congé de son amie, le Roi Soleil lui promit de suivre son idée.
- Je vois que tu l’aimes bien, ta planète-sœur. Je te charge personnellement de suivre sa convalescence et de Me tenir informé de ses progrès.
Il ajouta.
- Je te rappelle Mon adresse : ROISOLEIL@galaxie.esp
Peu de temps après, le Soleil s’adressa à la Terre.
- Madame la Terre, Je suis désolé de vous avoir parlé rudement tout à l’heure et Je vous demande de me pardonner.
Il mentit un peu.
- J’étais très irrité car Je venais d’avoir une grosse éruption de laves torrides accompagnées de jets de gaz bouillants. Vous savez que Je ne vis que par le feu, les flammes et les brasiers. Je suis une fournaise ardente à qui Je dois d’être toujours flamboyant et resplendissant.
La Terre ne voyait pas où Il voulait en venir.
- Sire, il est vrai que Vous avez là une lourde tâche.
- Oui, et elle Me fait oublier parfois Mon entourage. Je réalise aujourd’hui que J’ai devant Moi une planète merveilleuse qui Me salue chaque jour depuis bien longtemps déjà et que Je ne lui accorde pas grande attention.
Gênée, la Terre toussota. Il s’ensuivit une légère secousse au fond de l’océan, heureusement sans gravité.
L’astre brûlant poursuivit :
- Alors que certaines de vos sœurs, comme Mercure, ne sont que roches et pierres, vous, vous offrez un relief varié d’océans, de plaines et de hautes montagnes.
La Terre se permit d’intervenir.
- Majesté, la plus grande montagne ne se trouve pas chez moi mais dans Votre royaume. L’Olympus Mons culmine à vingt cinq mille mètres sur Mars !
- Oui, oui, Je le sais. Mais il n’y a pas d’eau sur Mars ! Et l’eau, c’est la vie !
Il se reprit.
- Moi aussi, bien entendu, Je suis la vie !
Il s’interrompit un instant, le temps de laisser passer une pluie de météorites géants.
- Chez vous, Madame, il y a de l’eau, beaucoup d’eau sur votre sol ou bien enfouie dans la terre. Il y en a aussi dans l’air quand Mes rayons se chargent de l’aspirer, mais bien vite, elle vous revient sous forme de pluie. Cette eau est vivante, elle court dans les rivières, elle se soulève parfois dans les mers.
Il ajouta.
- Et elle est si belle quand elle chute dans les cascades !
Le Soleil était intarissable sur le sujet. Il faisait prendre conscience à la Terre de la richesse qu’elle possédait et qu’Il semblait lui envier.
- Regardez Jupiter ! Elle est peut-être mille trois cents fois plus grosse que vous, mais de quoi est-elle faite ? De gaz, de gaz, rien que de gaz ! Neptune et Uranus se sont que glaces et roches ! Saturne, elle est bien jolie avec ses anneaux, mais que fait-elle, sinon se laisser admirer par vos astronomes ? Pluton n’est pas très connue, c’est vrai. Quant à Vénus, elle se plaît à entretenir le mystère derrière ses couches de nuages !
La Terre sentit que le Roi s’énervait.
- Sire, Vos paroles me font du bien, Vous me donnez l’impression que je suis encore utile dans cette galaxie. Je crois que le stress et les contrariétés m’ont fait oublier l’importance de mes fonctions. Je me sens beaucoup mieux maintenant. |
Le Soleil sourit en laissant échapper quelques projections de flammes.
- A la bonne heure, Madame la Terre ! Je suis heureux de vous voir réagir de façon positive. A nous deux, nous pourrons réaliser encore de belles choses. Les catastrophes que vous avez subies vont réveiller la conscience des hommes, J’en suis persuadé. Ils trouveront les moyens de prévenir les séismes et les tsunamis, les cyclones et les tornades, ils ausculteront les volcans et dompteront la fureur des océans. Il me semble que, déjà, vos savants s’inquiètent de la disparition de la forêt amazonienne et de la fonte des glaciers. C’est bien, ils pensent aux prochaines générations.
Il ajouta :
- Je vois de temps en temps passer des sondes spatiales qui viennent interroger Mes planètes et je pense que, d’ici peu, les hommes réaliseront un de leurs rêves, celui de faire de la Lune la banlieue de la Terre. Votre voisine et amie en sera très heureuse et vous vous sentirez allégée. De mon côté, Je leur apporterai des joies en resplendissant de Mon mieux. Mes couchers de soleil embraseront toujours vos ciels et les aurores boréales seront encore plus belles.
Le Soleil s’étonnait lui-même. Il n’avait jamais bavardé aussi longtemps, sauf, peut-être, avec la Lune. Une comète passa dans un désordre de poussière.
L’astre brûlant attendit qu’elle s’éloigne. Ce qu’Il allait dire à la Terre ne devait pas être colporté par cette commère.
- Il me reste encore à vivre quatre milliards et demi d’années. Ma mort sera lente. Je me transformerai peu à peu en une géante rouge qui se consumera pendant cinq cent mille ans, puis Je m’effondrerai pour former une naine blanche qui mettra une éternité à se refroidir. Madame la Terre, pour le temps qui Me reste à vivre, Je vous adresse une prière : continuez à M’offrir le spectacle de vos océans somptueux où sont nées tant de légendes, de vos lacs mystérieux, de vos déserts envoûtants. Donnez-Moi la force de resplendir sur la grandeur et l’harmonie que vous représentez. Car vous êtes belle, Madame, vous êtes très belle !
La Terre frissonna de plaisir et une légère houle se leva dans les océans. Au plus loin que remontaient ses souvenirs, jamais personne ne lui avait tenu de tels propos. Et là, c’était le Soleil en personne, son Roi bien aimé qui vantait ses mérites !
Cela eut pour effet de la ragaillardir. Ses forces lui revinrent. Peu à peu, elle reprit sa marche normale, au grand soulagement de tous les êtres vivant sur son sol.
Voilà, la machine est remontée, prête à fonctionner comme avant, la crise est passée. Peut-être y en aura-t-il d’autres encore, dans quelques millions d‘années ? Mais ne parions pas sur le futur, c’est le présent qui vaut d’être vécu.
Il était un jour l’Univers.
Dans l’Univers, des millions de galaxies.
Dans une de ces galaxies, la Terre.
Sur la Terre, des continents.
Dans un de ces continents, un pays.
Dans ce pays, des villes et des villages.
Dans un village, des rues.
Dans l’une de ces rues, des maisons.
Dans une maison, un petit jardin où deux enfants font une dernière partie de billes avant d’aller se coucher.
A un moment, l’un d’eux lève la tête.
- Pierrot, regarde ! La lune, on dirait qu’elle sourit !
"Un jour, la terre", Besomi Colette (France) codoran@orange.fr |
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