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ECOLE DES BEAUX-ARTS, DU CINEMA ET DE LA CULTURE
Organiser des concours, décerner des prix et dispenser des cours dans le domaine des arts et de la culture. Tels sont les objectifs de la Fondation WORLD AND UNIVERSAL ACADEMY.
 
 
  
 
 

 
 

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"L’encre de la sorcière", Cendrine Druesnes (France) 

L’encre de la sorcière


Lundi 19 février 2007, minuit.
Comment ? Quel orgueil ! Tu penses sincèrement que je m’engage avec une solennité débile à plonger dans une relation médiocrement fidèle ? Je ne te suis pas obligée, maigre papier. Je ne te dois rien. Je t’ai bassement créé, je t’ai fait naitre d’un caprice et je te porte en moi. C’est bien assez.
Ne m’attends jamais. Je suis le vent mauvais. Tu ne me retiens pas. Jamais. Présomptueux journal!
Les dés sont jetés. Tu es esclave. Tu ne t’appartiens plus !
Il est temps d’insuffler un peu de liberté glaciale à ma main qui palpite. J’entrerai en toi quand les mots seront plus forts. Je te serai inutile. Tu seras le précipice qui s’ouvre sur mes lèvres, quand je vomirais mes entrailles chaotiques et lascives, furieuses et douces-amères. Je serai la seule maitresse de tes lignes jusqu'à ma négligence, jusqu'à l’annonce de ma rupture brutale, tapie au creux de mon ventre.
Rien à ajouter. Tu me subis. Tu acceptes mon indifférence. Je ne gâcherai pas mon délire en élan.
Tu sens le poids de ma main ? Tu sens la rage de mes mots ? Tu sais la force de ma marche ? Tu comprends ma démesure ?
Alors, je m’interromps, assez vicieuse pour te l’écrire. Je veux être seule, me pensant une étrangère qui s’ennuie devant sa révélation mauvaise. Convaincue et muette.

Mardi 20 février 2007, 1h22 :
Mardi gras. Je veux me déguiser. Avoir le rictus amer de l’insoutenable légèreté pour mieux être vue. Je veux, journal, que tes yeux brulent mon visage, que tes mains déchirent ma gorge, que tes mots blessent mon amertume. Je choquerai ta pudeur. J’ai le sentiment d’être enfin à ma place, dans l’école offensive.
C’est une évidence. Je m’appelle Diane. Je cours, je cours en ton imaginaire. Je perce le mystère de la nuit. Ma liturgie m’y pousse impitoyablement. Je cherche ma place indivisible en terre inculte, enivrée par le vent de la pulsion. Mon visage double accompagne la petite mort et le passage sauvage. Je vomis la soumission chaste ! Je suis mon ordre féminin farouche. Tu chercheras mon tréfonds béant et t’y noieras contemplatif. Je rayonnerai sans aucune mièvrerie. Je cours, je cours.
Je proclame aujourd’hui mon refus de la mollesse immonde, de la compromission facile, de l’hideuse petitesse. Attention !

Mercredi 14 mars 2007, une heure perdue :
Je sais. Je t’ai oublié, fichu papier !
Ce qui me ramène à toi ! Sort illusoire. J’ai fait la connaissance d’un chêne à l’odeur sulfureuse. Il m’est apparu comme une évidence. Il me tendait les bras ! Sa peau appelait mes doigts écorcés. Sa bouche voulait la mienne. Je lui ai donnée, je lui ai dit ! Tout. Fondue en lui, ma joue enfoncée en son flanc. Son souffle dans mon cou. Je me suis glissée dans son tourbillon pour grandir, vibrer et chavirer avec lui. Je me suis envolée sur son âme boisée. Frissons doux amer. Caresses d’un fantôme gravement léger. Je l’attendais ! Tumultueux chêne, sucré-salé, au carrefour de chemins anonymes. Par son rituel mystérieux, je deviens parole de papier, flot déversé, souffle sur l’écorce déchue. Ma main sur sa colonne, à la recherche des failles tentatrices, de son autre monde, de son antre qui crie, saigne et halète. Mes yeux sur sa musique rageuse, sur sa quête mutilée, sur ses vrilles qui résonnent ! Oh... délicieux hors-temps, pulsation indicible, battement bleu-muet, bourdonnement brumeux, alchimie embrassée sur la pointe des pieds... Sortilège imparable qui lie la chasseresse et le chêne. Je t’écris journal voyeur, je t’utilise bassement parce que je déborde, je coule, je déverse.  au fond d’une heure oubliée…

Mardi 27 mars 2007, 3 h:
Elle court, elle court, la chasseresse. Le sourire arrogant au cœur des bourrelets généreux du massif, dans le creux du ventre auvergnat.
Elle ne se bloque jamais aux vulgaires limites ferreuses de sa cage. Elle étoufferait, s’y frotterait, s’y refuserait ! Elle veut du vent dans ses cheveux médusés, de l’espace plein les yeux.
Alors, elle court, en quête de cette liberté qui la pousse en avant. Et sans autre ambition que celle de lâcher l’énergie grinçante qui la rend telle qu’elle est : elle revit dans les sillons. Qui n’a pas croisé la chasseresse acharnée soudée à ses chemins adoptifs ? Qui ne l’a pas vue, frénétique, despotique et dictatrice énergie?
Et pourtant, il suffisait de croire en son regard noir incontournable et cynique pour sentir son envie besogneuse d’engloutir des paysages…
Libre dans son regard noir, libre sur ses chemins, elle avale goulument l’air qu’elle fend, elle vampirise l’énergie des pierres qu’elle écrase. Boulimie. Boulimique avancée.

Mercredi 28 mars 2007:
Je suis sorcière brûlée. Je rêve de souffre et de miel.
Je suis vampire. Je bois ses mots, j’avale son souffle, je vole ses soupirs. Je le lie autant que je me lie. Je le lis quand il me lit. Je me mêle, je m enfouis, je m’éteins et renaît indéfiniment plus forte. Je cours, je le suis, je le dépasse et il me rejoint. Je l’envahis pour qu’il m’envahisse. Je glisse dans son désir s’il glisse en le mien. Je le surprends en son sommeil et il ne me laisse pas dormir. Je suis dans le creux de ses mains lorsqu’il rêve de la chaleur de mon ventre. J’inspire ses baisers volés quand il sert mes pensées volées. Sa peau sur ma peau. Ma peau frôle la sienne. Grands moments prédateurs. Naufrages chavirés, voyages chavirants. Un saut tentateur vers un pouls turbulent, doux mel’ange d’une sorcière brulée et d’un ange déchu.

Jeudi 29 mars 2007, 4 h:
Projet d’une sorcière, projet du jour…
Faire fort, devant château fort.
Croiser les fers, encore plus fière.
Aller plus loin, arracher l’horizon.
Dans le vent !
Prendre le ciel, saigner l’Air.
La beauté m’appartient.
Danser dans la terre,
Ecorcher les braises.
Entre lumière fantasmée et obscurité palpée.
En équilibre.
Suivre la trace de mes parfums obsédés,
Longer mes mots tremblés,
Plonger !
T’emmener où j’aime, où je sais.
Souffler sur ta peau à jamais,
Souffler sur ta peur comme jamais,
Souffler sans peur comme j’aime, où je sais.

Lundi 2 avril , 6h:
L’espoir d’une sorcière n’est que poésie hallucinée ?
Credo :
Je crois en ma seconde vue naïve : elle pénètre dans un éclat de rire tordu et énorme.
Je crois en mes révélations induites : elles font s’esclaffer les lointains horizons tordus de compassion amère.
Je crois en mon génie propre : il berce le mage moqueur qui mourra sur mon sein.
Je crois en le Dieu de l’épais chêne aux entrelacs, en celui de la forêt dense, en celui de la rivière qui chante accrochant mollement aux herbes ses haillons d’argent....
Et je m’indigne, bruyante et obstinée. Je suis la dangereuse et sulfureuse résistante... Prodigieuse infernale, pleine de l’enfant de la nuit, de celui qui apporte la lumière ! Je suis une femme, voilée de noir, dont la couleur du regard ne saurait se figer dans une froide prison. Je me lie à la nature sacrifiée. Mes larmes se mêlent au sel de ma rage agacée. Je suis Liberté entre Soleil et Lune, entre Ciel et Terre. Je coule sur la glaise et m’évapore en l’air impur. Mon sang coule rageusement sur le sol vicié, visqueux.
« Ouvrez mon noir cachot, élevez un bucher, et que l’amante ait le repos des flammes. Jaillisse l’étincelle et rougisse la cendre ! Nous irons à nos anciens dieux. »

Jeudi 5 avril :
Je couve mes vertes pensées, mes rivières et mes pierres ; je protège mes rêves et les vieux fantômes de mes forêts. Je chante avec les elfes et je danse avec les nymphes nues. Je frôle cette immense beauté cachée, cette infinie volupté... Je lis le sublime indicible.
Ils rodent entre les arbres rustiques, au cœur des plaines herbeuses, dans les antres pierreuses... Ils hantent mon univers sensible, ces vieux génies malicieux, ces anges capricieux... Ils sont nés d’un pacte satanique : j’ai engagé mon âme en m’alliant avec eux. Je suis seule au milieu de leurs étranges faces, je ne m’appartiens déjà plus et je reste moi dans un débat acharné. La nature retrouve sa langue originelle. Les herbes cachent les plus âpres secrets. A moi de les méduser…
« Va dans ton royaume, lui dit la voix intérieure. Mendiante aujourd’hui, demain tu règneras dans la contrée. »

Lundi 9 avril :
Je suis pleine ! Emplie du souffle chaud qui enrobe les feuillages, emplie de feu végétal, emplie des fleurs sauvages de cerisiers abandonnés. Je suis la maitresse de l’air, je suis la fiancée de celui qui boit le vent et inspire les fleurs de printemps. Je suis sa première fleur satanique. Primevère ensorcelé.
L’homme aux semelles de vent... et ... la sorcière d’en bas.
J’avale son herbe qui frémit et il traverse l’air englouti.
Mon grand interdit me laisse m’abreuver aux élixirs de ses sources maudites.
Mon amant éclate en moi d’un amour débordant.

Mardi 10 avril :
J’ai coupé mes cheveux noirs serpentés. Je les ai déposés sur l’autel sacrifié de Méduse alarmée. J’ai donné ma chair à la nature affamée. J’ai coulé mon sang sur la terre abreuvée. Rituel de passage vers un autre monde, univers de désir salé, gouffre pour la succube envolée.

Mercredi 11 avril :
Projet de ma nuit de sorcière lunaire : je prépare le nocturne sabbat.
Je prie avec ardeur et fièvre, la lune, mon reflet ... Diane !
J’écris mes prières de terre et de nuit. Messe noire !
Je communie au plus profond, au plus éloigné du ciel, au plus oublié.
Sur ma table de Pierre, au cœur de la lande sauvage, en haut du val bruissant et fumeux, j’invoque mon Dieu, vampire de Nature. Fiat Lux !
Je suis sa fiancée, offerte dans une douleur sublime, sur mon autel prétentieux, enfoncée dans un regard vert si profond. Je reçois son souffle, son âme, sa vie. Je deviens temple vivant.
Attachée, liée, victime consentante, je donne ma vie. Rien ne saurait arriver à la sacrifiée qui le sait. Les lacets entrent en ma chair avec volupté, la pierre écorche doucement ma peau. Mais, je souris. Je m’habitue au bûcher !
La suie de mes cheveux coule sur la table, la lumière de mes yeux pleut sur les cordes et les brûle. Libérée, enfin…
Communion inhumaine et passionnelle entre sorcière et démon. Oh ! Purification impie !

Jeudi 12 avril :
Eh... bien, piteux journal, maigre dépositoire de paroles vénéneuses, de soupirs crachés...  tu as dompté ta sorcière acharnée...
As-tu seulement remarqué ma médiocre assiduité? Quel impérieux besoin m’attache à toi ?
Pourquoi te confier mes fleurs maladives ? Pourquoi vomir mon âge de décadence ? Pourquoi déposer mes aspirations vampiriques ? Pourquoi libérer mes vains caprices hérétiques ?
J’ai un épouvantable pouvoir qui me mène aux plus furieux désirs et je stoppe mon élan délirant pour perdre mes mots sur ton flanc.... Je me vante, je m’évente. Je pétille dans la flamme, sur la feuille, dans une fabuleuse mortification !

Samedi 14 avril :
Je grandis aujourd’hui ! Hérétique visionnaire, ma folie forte me grandit : je prends un haut envol mystique et trouble vers le prince des mages, en eau vive... Démone, je me sens une puissance amoureuse exaltée vers ma passion enragée, forcenée... Je mêle ma force au paria du passé. J’en serai la sorcière vénérée… Qu’il entre son fer en mon flanc impudique : père de mon hérésie, frère de frénésie, jumeau de mon animisme hérité, reflet de ma lumière infernale...

Vendredi 20 avril :
Mon sang brûle, par trop féminin !
Je danse sans décence !
Dangereuse langoureuse !
Passive désobéissante, lascive impure, pénitente maculée !
Insolente et insupportable sarcastique !
Dixit fama publica...
Je pervertis la foi et j’en appelle au soleil.
Mon décret de grâce : la terre coule grasse en mon sang, le soleil se lit entre mes cils, les arbres chantent leur incantation en mon âme. Transe artistique, esthétique, naturelle...
Mon acte de foi : je suis ma croisade ancrée sur un sol désiré, j’avale l’air qui m’enfle et m’engrosse.
En route pour le pèlerinage du bucher... vers ma liberté de conscience ! Vers l’investigation maudite ! Vers l’obscurantisme purement naturel !

Samedi 21 avril :
Chut... journal damné, ne t’en déplaise, tu sers, tu serres une sorcière.
Tu élèves mes sorts, ma mort subite... mon avortement... Tu es mon désensorcellement !
Tu te crois scientifique, technique, démonologique ? Tu collectes juste la multiplication maladive de mes profanations ! Tu sais mes métamorphoses successives, tu sais les blessures qu’elles me coutent. Tu sais lorsque je pose le pied nu sur le sol, tu frémis quand je vole vers mes encens et herbeuses concoctions... Heureuse libation ! Tu hais Walpurgis et Saint Jean... Je t’effraie ! Eh, alors... tremble !
Pourtant... je suis la chasseresse nue et fléchée, qui tournoie, des fleurs plein la bouche, envahie des esprits flottants et qui fait l’amour sur le cercle des elfes avec l’énergie des vivants ! Epidémie de danses, sérénades et séductions lucifériennes...
Pourtant... ma magie manipule les expiations inconscientes, libère les possessions effrayantes, envolent les symptômes empoisonnés…
Credo du jour : J’élucide les mystères de l’énergie humaine, repliée sur mon talisman...
Regarde-moi comme la magicienne consolatrice, claire-obscure. Dédramatise cette haine, démystifie-moi !
Pas de malaise malsain... juste une chevauchée fantastique !

Dimanche 22 avril :
Viens dans mon antre...
Je te pousserai au milieu de piaulements, de cris et de pleurs.
Mais, au delà, le calme renait. Le malaise répugnant se dissipe.
Au milieu des mystères bleus et des croassements d’ailes, rejoins-moi mon mage, puisque tu me sais magicienne. Ta femme est une sorcière qui vole sur le combat de l’Amour et du Mal, dans un ciel sombre et nuageux, si proche des zones claires.
Mais, je demeure femme ! Je suis une femme dans mes branches, les cheveux noués à l’écorce rugueuse…
Oui, je connais tes maux, tes dommages et tes blessures.
Oui, je sais te faire mourir et guérir, et renaitre de mes cendres.
Mais ne te détourne pas de mon cynisme diabolique, mon cynisme orgueilleux... Ignore ce tout petit monde !
Je murmure, je chante, je souffle, j’insuffle... mais ma respiration est charnelle !
Mon regard est de chair, mes mains savent la pulpeuse volupté, mon souffle engloutit le pouvoir de la nuit, ma bouche avale la rosée du matin encor’ obscurci, mon âme s’envole au chant des oiseaux, au son des enfers et des cieux.
Je suis libre d’être douce, d’être le joli bourreau qui t’enserre, abuse de ton corps, adoucit ton âme et libère ton cœur asservi !
Si je me noircis et j’intrigue, revendiquant mon sabbat tapageur... c’est pour mieux te goûter, te lier, te dévorer, t’aimer.
Je te crucifie pour t’envoler plus haut.
Je te tue pour te faire vivre plus fort.
Je nous lie, nous engloutis l’un en l’autre, comme une pierre sur le ciel, oh......

Lundi 23 avril :
Chut …
Mes rêves de pierre portent en leur cœur une spiritualité codifiée et une sensualité décuplée ! Attention, journal, ta pudeur va être mise à mal !
Tes pages brisent et dispersent mon infinie sensualité. Ta collection de dates forge ma vie morcelée, médiocre puzzle. Ce qui reste, ce que tu devines, ce que mon mage, lui, caresse... est légende réjouissante, volupté luxueuse.
Toi, journal, en t’accrochant follement à moi, tu perds la trace de mon mythe...
Lui, ange ou démon, le nourrit, de sa chair, de son sang, de sa main mêlée en mon âme. Il est ma vérité rattrapant la légende sur mon sein, en mon flanc, sur l’offrande de mon autel charnel. Pur bonheur jalousé par le diable ! La légende du faux qui s’incarne... Il touche à l’imprévisible.

Oh ! Journal.... Accroche t’encore, aussi... J’ai soudain le furieux besoin de te dire comme je frémis au chant de mes oiseaux, de mes anges…Comme la brise qui hante mon antre glisse sur ma peau caressée ! Comme je ferme les yeux pour gouter un peu ce souffle divin ! Comme je reçois à merveille la première lumière si pure qu’elle m’en chavire l’âme. Comme je m’abreuve, assoiffée, à la première rosée.
Mon sorcier est venu serrer ma main, servir mes courbes envoûtées. Il est venu chanter des mots soufflés, boire ma peau, se rappeler le gout de mon âme orgueilleuse.
Il mêle sa peau à la mienne, je le lie à mes mains, il coule son souffle en le mien, j’avale son énergie sublime, il glisse son regard en le mien, je perce son azur quand il me crève les yeux... Enivrant mel’ange... Sauts des anges... Bruissements d’ailes... Caresses d’âmes ! Danses charmées, incontrôlées, sabbats frémissants, ivresses naufragées... Des anges envolés deçà-delà... entre le gout sulfureux et la chaleur solaire insoutenable, ballotés par les vents contraires et les eaux diluviennes... Des anges qui sautent et renaissent dans un cri de volupté, dans un regard de félicité communiée !
Et un homme, une femme... qui tremblent. Ils sentent. Ils meurent. Ils reviennent. Ils vivent.

Et encore, Lundi 23 avril :
Parce qu’importe mon humeur du jour et de la nuit: transe transpirée !
Nuit d’illusion parfaite : j’accouche mon âme pour rendre humble la lumière souillée d’une dépravation sacrée. Je m’arrache de mon corps taciturne aujourd’hui pour retrouver la légèreté des genêts. Je me détache. Je me meurs. Trempée dans le sang possédé. Je rejoins en silence cet espace mirifique dans le regard émeraude de mon félin de poix. Je tremble et souris à la mort, visionnaire hystérique qui croit en la démesure de ses propres mensonges !
Evidence... Je reviens à la vie... Je suis gonflée de présages, enflée de spasmes frauduleux. Triomphe de lucidité calculée ! Balancement assumé…
Le triomphe de la sorcière... autour du caprice qui régit le mystère de ma vie. J’aime ma vie, j’aime ma mort, mon envie et mon vice, mon absence et mon abondance, mon luxe et mon manque. J’aime la suave souffrance qui me relève de cette obscure déchéance. Je triomphe inondée de la lumière exorcisée avec impudence. Je ris, la bouche pleine de mon souffle sépulcral !

A peine réveillée par d’intenses convulsions, je jargonne et renoue avec les charmes horribles que j’avais cachés sous terre. J’en ai gardé la furie écorchée sous les ongles gorgés. Spectacle lamentable qui détourne anges et démons envieux de la furibonde sensualité. Ils ont peur du gouffre voluptueux, ils désirent le havre des sens. Ils se taisent puis conspuent. Je n’entre pas en guerre, je n’entre pas en amour... pas de double allégeance, ni fidélité due ni soumission indue... Je les mène assidument dans l’espace qui les méduse... Vers cet amour qui leur fait défaut, cette plume qui ne les fera pas chavirer...
Je ne suis pas leur victime, je ne suis pas visitée, je ne suis pas aliénée.
Ma chair palpite au rythme de mes larmes et soupirs... Mes larmes salées, mes soupirs fragmentés. Ma chair. Ma vie. Je suis femme ! Aucune trace d’un fer sur ma peau... Aucune brulure évidente sur mes ailes... Aucun voile sur mon regard …
Qui suis-je ?

Mardi 24 avril 2007, 2h:
Mon grand secret : mon père est le ciel, ma mère est la terre. Je monte de la terre vers le ciel, je descends du ciel sur la terre, infiniment, indéfiniment. Je traverse les airs, les soirs de pleine lune, je coule en la terre les soirées plus obscures.
Merci, mes parents pour la légende qui me berce.
Merci de m’offrir le mystère mystique de mon origine ...
Merci pour cette perception sensorielle de l’universel !
Merci pour la magie naturelle, la miraculeuse thaumaturgie !
Merci pour ces tourbillons chaotiques-hermétiques !
Je vibre à l’unisson entre soleil et lune, ciel et terre... en sympathie avec leurs énergies contraires...au cœur des mes illuminations !
Initiée aux secrets du jour et de la nuit, je me noie dans ma fantasmagorie désirée... Je plonge mes seins en la source vitale, je cherche celui qui partage la même aile que la mienne... L’union antinomique qui emplira ma part manquante ! L’androgynie métaphysique... La transcendance folle ! La sorcière vole entre les eaux contraires, embrasse les éléments, rugit devant les entrailles de la terre parce qu’elle sait ce qu’elle cherche. Au cœur du triangle inversé, je suis seule à tenir..., lune d’argent en mon âme... la mer plein les yeux ! Je me libère de la vie, de la mort, du cycle infernal, en transe devant ma clepsydre brisée...

Eh, insolent journal... tu te moques de mon obscurité de langage ! Pourtant, sais-tu l’immense effort que je fais pour élucider mes illuminations infernales ?
Je suis maladivement ensorcelée... La folie tourmente ma chair. Le sel, le soufre et le mercure rompent mon corps. Je cherche avec peine les mots qui crachent ma vérité...
Que tu saches ! Que je ne sois pas brulée vive sans que mon sang ait coulé abondamment sur tes pages !
Si l’heure n’est plus au bûcher, que la sorcière soit réhabilitée !
Vérité de la nature, ne nuisant pas au prochain, si ce n’est qu’à sa sordide sensibilité exacerbée...

Au terme d’embuches et d’échecs, je cherche ma récompense : la paix, l’eau vive !
Toi, mon livre muet, tu recueilles mes méditations débiles, mes variations chromatiques... et tu ris, en silence.
Brûle ma parole, anéantis-la, corromps-la !
Peu m’importe, au moins tu la tiens, asséchée et pleine d’arsenic, vile aux yeux des heureux mortels.
Ma langue se déroule, dans un élan sacerdotal, dans un apparat fabuleusement ampoulé...
Véritable atelier linguistique alchimique ! Balivernes ! J’écris ma musique infestée ; mes notes s’accumulent dans un amoncellement prodigieux...
Sensationnalisme dans mon athanor... four de mon feu immortel...
Oh ! Le plus beau de mes songes... une nuit d’été !

Mercredi 25 avril 2007, 5h :
Ce pouvoir-là ! Il est mien, et non parvenu d’un héritage malin...
Mon pouvoir n’est pas une obscénité malsaine. Je ne suis pas une figure sombre à la bouche pleine de sang, pestilence maudite !
Je sais, je me costume de noir pour me fondre en la nuit absorbée... Couleur de poix, couleur d’opale, couleur de charbon...couleur puritaine...
Est-ce ma faute à moi si je vis avec ce poids ? Si mes yeux verts percent la vérité qu’ils reçoivent déjà ? Si la vérité viole mon intimité ? Est-ce ma faute à moi ?
Les évidences résonnent au rythme de pulsations impulsives, au son d’extases dévouées. Je lis les augures qui servent mes visions hallucinées... J’entends les murmures du vent, le sifflement du temps ! Le monde tournoie et me chante des secrets.
Au cœur du silence parfait, je reçois le gémissement du devenir.
Ah ! Je sens des faits étranges sur la langue, il faut que je crache sur ta page ! Ah !
Le visage crispé, j’enfante mon parchemin… sous l’effroi de mon propre regard. Je pleure mon sel. Mes yeux brûlent.
J’ai un don qui fait mal. Je reçois des images diffuses puissamment revenues du passé et marquées par le sceau du futur.
Quel sombre fardeau celui de la sorcière ! Il est temps qu’on l’admette....
Je l’ai rencontré. La bouche m’a brûlée. Fièvre, transe, envol.
J’ai du mal, depuis lui, à respirer l’air taciturne et tacite. C’est ce qui me pousse à écrire la nuit, à la lueur argentée. A la recherche du temps perdu...
Sa réserve n’a de secret pour mes mains. Son passé se lit entre ses cils. Son regard trahit une douleur sauvage, un bonheur envahi, des petits mondes entassés. Tout s’anime une fraction de seconde, le temps d’une pulsion vampirique. Je reçois, je m’abreuve et je sais. Je lève les yeux sur un chemin érodé, sur des traces émiettées. Son parchemin s’inscrit, devient mien. Je ne retiens plus rien. Evidence. Je sais. Je tais.

Vendredi 27 avril 2007, 2h :

Je dors dans les bras du Roi des Aulnes.
Les arbres se tassent autour de moi, dans une profondeur ombreuse. Ils me serrent. Ils m’étreignent. Etreinte obscure.
Assise et nue au cœur des branches musclées, le nez au vent, le regard fixe-noir. J’attends. La lune au coin de l’œil.
J’attends la venue des elfes, au son criard et suppliant de la mandragore. Je pointe les racines humaines qui attirent elfes et fées. Je fais entendre des cris inhumains pour éloigner les esprits malins tapis et envieux. Je déverse le sang du dragonnier, je cueille les fruits de l’arbre de Sodome... Oh ! Quel orgueil puant de penser leur faire peur... Je joue avec leurs armes mais, moi, j’en jouis ! Etouffez de jalousie ! Crevez d’envie !
Je vis dans les bras du Roi des Aulnes.
Je sens des présences étranges qui ne m’inquiètent plus. Elles se montrent méfiantes à travers les herbages corrompus de mon sabbat. Je les frôle, je les nargue, je déchire de mes flammes leur univers mutilé. Je fréquente les fantômes. Ils picotent ma peau quand l’aube perce : incursions fantastiques...
Mes lieux sacrés fourmillent de secrets. J’erre dans les bois à la recherche de providentielles concoctions, de présages collectionnés, des rictus amers de ces esprits flottant.
Je chasse et j’écris. Je chasse, je cours, je danse, je médite, je souffle, je guéris !
J’écris dans les bras du Roi des Aulnes.

Lundi 30 avril 2007, 23h59 :
Je célèbre la nuit des temps, embrassant l’hiver d’un feu démesuré, le temps d’un songe...
Walpurgisnachtstraum...
Je rejoins mes frères fantômes et mes sœurs fantasques autour du bucher endiablé.
Enivrée, je séduis _ ménagerie infâme de mes vices _ les vampires maléfiques, je caresse _ luxure affichée de ma perversion impunie _ les fantômes infernaux. Et je ris !
Bacchanales déchaînées !

Nous sommes au seuil de la synagogue, celle de la Sorcière Inconnue, méconnue...
Tu me rejoins au carrefour d’une forêt chevelue et d’une carrière habitée.
J’enchaine mes pas rituels sur ton envolée mystique, je libère tes paroles occultes enlacées à mon incantatoire prière, mélopée sombre.
Notre transe déchainée, flamboyante jouissance !

Prière du jour :
Je célèbre les forces vitales, les puissances maitresses de ma cérémonieuse extase, cérémonie féminine !
Je prie l’explosion sensuelle, l’orgie végétale !
Je vénère les énergies occultes et païennes.
Le Culte de Diane prend la couleur exubérante, amorale et dépravée du feu végétal aux sources de l’eau vive, dans la force érotique des Ténèbres et des dieux.

Oh ! Purification mirifique !
Je brûle mes pires maléfices. Par une nuit sinistre. Dans un crépitement grinçant. Sous le couperet fatidique.
Je danse sur les cendres éthérées, j’écrase les messes noires sous mes sarabandes têtues : ferveur printanière de la sorcière... Victoire parfaite du mystère sur le théâtre de l’obscurité.

Mercredi 2 mai 2007, 3h48 :

Conseil pour un sorcier :
Ne retiens pas ton rire en cascade tapageuse,
Ne contient plus ton cri rauque,
Lâche-le débridé-caverneux sur mes mains avides,
Acharne-toi sur les volutes ombreuses de mon chemin de pierre,
Ecoute mes arbres fidèles fumant encor’...
Si je parle à la terre liée,
Si je ris au soleil brouillé,
Si je me tends vers l’astre cuivré,
C’est pour t’y charmer_ charme empoisonné _ mon sorcier !
Habite à jamais mon lierre enchevêtré !
Frôle la plante de mes pieds écorchée,
Lèche le sang qui coule sur mes bruyères maculées,
Inspire mon sel mêlé à la tourbe viciée,
Prends ma vie au bord du gouffre,
Abandonne ton espoir sur mon sein,
Jette ton âme en la mienne !
Démembre-toi !
Immole-moi !
Sauve-toi !
Lie-moi !
Libère-toi !
Choisis-moi !

Jeudi 3 mai 2007, 22h40 :
Tant au Ciel ! Tant sur Terre ! Tant en tes yeux !
Bien plus que n’en rêvait la Sorcière !
Bien plus que n’en cherche la magie, bien plus que n’en trouve la philosophie, bien plus qu’en n’absorbe la mystique alchimie !
Energies astucieuses, couleurs de luxure, de occulta herba...
La main du Ciel jette son sort aux sorciers assoiffés et aux fées inassouvies !
Bien plus que n’en rêvait la Sorcière !

Vendredi 4 mai 2007, 2h01 :
Ma faiblesse, ma force ?
Je parle aux herbes maudites et je bois l’haleine fétide des bêtes terribles. Le temps d’un souffle qui anime mes sens et qui ouvre mes yeux.
J’interprète les lumières de la lune, j’en perce les obscures marées.
Je suis lunatique, maitresse des lycanthropes, les nuits de pleine lune !
Je me nourris de la face obscure de l’astre, j’empoigne le regard des exclus, j’avale les évanescences âcres et pourries... J’appartiens à la triade lunaire !
Forestière insoumise, je suis seule entourée des dieux et des nymphes, des elfes et des fées. Je mène ma danse au clair de lune. Solitude dans la danse. Solitude dans le cercle de Diane... Je connais la libation de sang sur le sol feuillu.
Je retiens les âmes dans mon monde amer : Je connais les anges déchus qui expient leurs tortures psychiques.

Ma force !
Je vomis la vie insipide qui emplit le sale vide écœurant.
Je refuse d’ignorer le soleil qui sombre, l’azur qui perce, l’eau qui écorche, la terre qui crie. L’eau jaillit, l’arbre verdit, l’oiseau hurle, la louve sourit !
Toute vie sacrée ! Tant !
Je veux tressaillir, vibrer, en quête de visons sublimées... et humbles !
Au creux de ma nudité, mon acidité, ma suavité, je scrute l’univers et frémis dans ma fluide lueur. Lorsque perle ma sueur, lorsque chavire mon cœur, à la limite du supportable, si proche de l’insurmontable, ma gorge se creuse et s’affole oubliant le son du possible et le gout du réel. Au tréfonds de mon intimité surgissent d’indicibles saveurs, dans la quête orgasmique de l’impossible : suspendre le temps, abolir l’air...
Et... Chut.... Alors, les visions me pénètrent, me livrent leurs secrets _ exaltation intolérable, sublimation purifiée, négation d’un idéal, noblesse éthérée...
Ma forêt s’emplit de fantômes qui fourmillent au rythme de mon sang, qui chantent le son méchant de mon âme. Je vois mon corps démembré, je ne suis plus moi, mais celle qui reçoit !
Parce que j écoute ce concert d’énergies, je sais ce qui va t’envoler, toi, toi, toi ....

Ma faiblesse !
J’ai faim du monde des esprits quand je me tends si arquée jusqu'à toi, dans un cercle infini de brindilles et d’écorces vives.
Je respire depuis que tu me pousses à courir dans le feu et dans l’air, vers le pays des esprits gentils.
Rencontre prophétique ? Poursuite initiatique ? Sur les pas de Merlin...
Je remplis ma bouche de ton air : il déborde dans mon cou et coule généreusement entre mes seins.
Sans aucune limite ! Sans retenue !
Au pays sacré de la terreur fascinée, je suis femme de sorcier et demeure sorcière...
Nous partageons le voyage silencieux, là où brillent d’innombrables feux, où l’on parle une langue secrète, où la souffrance sculpte la sagesse, où la charogne devient belle.
Et je nous vois, en contrebas de la chapelle, au pied d’une croix dans le bourrelet de notre mont, au delà du sommeil...

Ma faiblesse est ma force !
Je comprends !
Je possède les pouvoirs qui apaisent les vies ravagées, qui comblent les possessions usurpées.
Gonflée d’importance, enflée d’une attention tout émue !
Je vis le présage en transe d’une union bénie des dieux et des démons, l’implosion souriante d’un Nous à l’unisson !
J’ai la chance de savoir mon front touché par L’Etre de lumière, j’ai la chance de m’unir à ce front baigné d’une lueur si parfaitement accordée. Je suis abasourdie devant une fusion de douceur sauvage, dans le battement extatique de nos tambours.
Sabbats à l’unisson !
Le temps suspendu des rêves, de la vie, sans se soucier des larmes troubles qui glissent en liberté.
La force de mon cœur plein !
La force de son âme qui déborde !
L’évidence d’une danse prolongée...
Nous marchons. Ames unies. Les êtres lunaires qui grouillent en nous s’accouplent avec force et silence.
Pulsations enfouies, vagues infinies.
Fragilité et force.
Sensualité et animalité.
La forêt résonne et fait pâlir d’envie les dieux frustrés.
Nos veines se gonflent et s’alimentent dans l’étreinte. Tumulte des cœurs ardents dans les liens du sang !
Ivresse d’une communion entre forces dévastées et fragiles vulnérabilités...

Samedi 5 mai 2007, 2h :
Religio !
Les esprits régissent tout, autour de ma peau. Les pierres et le vent s’animent et se rencontrent dans mes cheveux. La rosée me pénètre et se projette en moi. Bonheur suprême ! Ma prière transcendante m’envole ! La nature me possède ! Bonheur extatique !
Mon âme s’évanouit au-delà, intangible et incorporelle, près des génies merveilleux. Et rit ! Expérience d’une mort rapprochée dans un vol fiévreux...
Visions d’un ailleurs, intuitions morbides, pensées primitives ! D’un monde supérieur si près d’être accessible... frôlé par mes rêves et délires mêlés. Lien symbolique et fétiche entre la nature et le lointain sacré…
Je danse, je vis l’amour avec les âmes de la surnature, je bondis, je tremble et je jouis avec elles. Séance shamanique ! Je sens les racines nouer avec délice mes entrailles. Echange fondamental, viscéral ! Voyage intrinsèque, limpide, vif et fluide...
La transe de Diane, sa libération, sa libation, sa religion !
Je cours, je cours vers ma vision, mon songe liturgique intime. Ma folie est trompeuse, j’accouche les esprits des forêts. Je m’étire vers le Haut puis le Bas, expansions de ma conscience !
Du profane au sacré.

Je crois en le voyage de mon âme chasseresse, je sens l’envolée qui suit mon furieux ensauvagement, je sais la puissance de ma transe effondrée. Vol divinatoire vers le pays du bas, où les ancêtres me murmurent les secrets qui se chantent.

Dimanche 6 mai 2007, 3h30 :
« Mit dem Feuer, von Leben zum Todt gericht! »
Je ne finirai pas léchée par le feu vicieux, inaccessible à la vindicte frustrée.
Vous n’arracherez pas mes hardes noires, vous ne raserez pas mon corps marqué par l’amour maudit.
Vous ne m’isolerez pas de la chaire du Christ bien que je sois La fiancée.
Vous ne poserez pas les questions prétendument théologiques, qui ne comprennent misérablement, Rien !
Vous n’atteindrez pas ma peur lasse ou ma tension ironique.
Si je suis coupable de mon sabbat, de mes ébats, ils n’appartiennent qu’à moi.
Vous ne me baignerez pas. Je ne flotterai plus. Et je ne sais couler.
Exit l’Ordalie ! Je ne vous montrerai pas la marque de mon pacte :
Journal assoiffé, je ne te lâcherai pas un folklore ensanglanté, de réjouissances horrifiées, de sordide bucher. Ma vie dépassera à jamais ton entendement de papier. Pas de chasse aux sorcières !

Mardi 8 mai 2007, 3h45 :
Sordide soirée !
Maigre journal autosuffisant, je t écris pour ne pas te dire ! Je plonge dans l’obscurité de mes vêtements et la noirceur de mon regard pour ne pas te dire ! Ne plus te dire mes peurs, mes obsessions, mon gouffre, mon cataclysme intime.
Pas de prétérition, de débâcle ruinée.
Non... pas ce soir aux lueurs de lune torturée...
Adieu donc !

Mercredi 9 mai 2007, 10h !
Je m’adresse à toi dans toute la solennité du jour !
Face à face neuf avec l’astre du jour.
Parce que cette nuit, j’ai écrasé d’un sommeil de poix, mes fautes fouettées. Allongée sur mon flanc gauche, sur la trace bénie des griffes de sa main gauche, le front illuminée de sa caresse, sur les plumes légères de nos étreintes passées.
Entre ange et démons.
Je suis sorcière et je ne dois aux uns, en échange de mon inféodation, que ces secondes tremblées-torturées qui me détournent à peine de la lumière de l’autre, mon autre et mon reflet.
Mes sabbats œcuméniques à la croisée des chemins verts et des cimetières animés ne sont plus dévoués à la force machiavélique. Pas de transe épidictique satanique, juste un onguent magique, une envolée lyrique. Je ne rends un culte vrai qu’à celui qui siège superbement sur mon âme confiante. Je n’adore pas Satan et démons, j’aime un ange ! Nul simulacre blasphématoire, nulle orgie frénétique ! Mon assemblée nocturne oublie la maléfique odeur et s’éveille au sens ébloui : entre obscurité et lumière, entre mythe et réalité.
Est-ce un culte dionysiaque ? Une religion clandestine ? Un héritage de la belladone ?
J’accomplis mon rituel intestin vers une fertilité recherchée, en quête de ma part manquante...
Je regarde fixement le Diable et j’en reste-là. Vraiment. Je souris de ma force. Je me détache de ce costume méphistophélique que je lui impose. Il n’est plus rien face au gouffre de mes sens et la puissance de mon amour !
Comment ? Feuille que je caresse à nouveau après ma nuit de tortures, tu oses suggérer que je projette lamentablement mon fantasme intime ?
Eh, peu m’importe !
Reçois comme tu le voudras la variation de ma chevauchée nocturne : à l’assaut de la lumière, des étoiles et du vent !
Rappelle-toi les accusations minables, les piètres procédures : désuétude désirée par mes sœurs ! Si les petits inquisiteurs ont soupçonné les activités perverses de mes ancêtres, c’est avec une concupiscence bien mal retenue ! Ces diffamations mentionnant anthropophagie satanique ou inceste acharné, sexualité dévastée... ne sont-elles pas la résurgence d’une secte bien plus sombre ? Celle des hommes éteints, étroits, misérablement exsangues.
Que ne laissent-ils pas la sorcière voler, vibrer, entre l’écorce et l’arbre !
Ouvre tes yeux de papier ! Je n’empoisonne pas. Je ne prêche pas la messe noire.
Je caresse les forces vives ! Je baise de toute mon âme la nature animée, la nuit, souvent le vendredi, à la croisée des chemins...

Jeudi 10 mai 2007, 23 h :
Je balance entre les forces, sur le fil de mon pouvoir sorcier.
Je flotte dans mon monde impalpable et complexe, aux émanations subtiles et emblématiques, aux effluves pourpres et invisibles. Mais dans cette légèreté indicible, un battement palpite s’irise dans le flou_ loin de mon ambigüité prolixe, arraché de mon occultisme prétentieux, déchiré de cette obscurité originelle. Exit l’autosatisfaction orgueilleuse, l’onanisme intellectuel !
Je rejoins simplement en silence, mon ange, mon manque, mon absence. L’intercesseur auprès de la lumière et des divinités, au cœur de la nature, en mon cœur.
Mon univers s’arrondit en accord avec le gouffre de mon âme, avec mes ancêtres pressant, avec mes sens engourdis dans un pays qui nous ressemble, sur les pas d’un Nous qui s’amplifie.

Vendredi 11 mai 2007, 6h25 :
Dans mon obstinée solitude, je rejoins la nature avec une sensuelle détermination, comme je parcours, fébrile, le corps de mon ange-amant troublée par le prestige de son âme ! Dévêtue, je quitte, ferme, mon cynisme inacceptable. Je cherche l’intuition ingénue de l’air et du feu. Je parcours, nez au vent, ma forêt silencieuse, à jamais égarée devant l’immensité de mes désirs_ le désir qui s’écoule le long d’une vie de sorcière, l’appétit de feu de la sorcière. Pas un murmure, pas un cri : un instant suspendu. Je ne perçois même plus le craquement de brindilles, le froissement des mousses étendues. Je vole.
Les yeux obstinément fermés, je touche le silence, je caresse l’invisible et je vois s’exhaler les esprits de l’onde tue et des herbes mues.
Ah ! L’écorce secrètement m’appelle pour craquer encore les plus incroyables secrets. A ces bruits tapis, je frémis et rougis, excitée devant une harmonie printanière émoustillée. Loin des hommes. Près de toi.
Silence d’une sensation absolue.
Les fantômes courent avec une vérité infinie.
Sous les coudriers, je suis l’ombrage encombré. Tout me charme en secret dans un chant natal soufflé dans mon cou, tout me murmure un amour éthéré au sommet de mon front baptisé.
Feuillages, souriez de mes vœux, entretenez mes feux. Ma course folle !
Dans les landes vaporeuses, j’écrase les herbes muettes, les yeux voilés de nuages savoureux. Je me fonds dans la terre grasse de leur flanc, les orteils pleins d’humides sentiments. Je penche, au passage, mon front sur la pureté des ondes, sur les larmes fleuries et je bois ! Vite... Vite... Avide de l’aube entr’ouverte, je n’y tiens plus : je lâche mon regard frais et vivant. Je ne pense plus. Je sens tant !
Communion sensible dans La rondeur du jour ! Je reste immobile, de la joie plein les dents. Les doigts écartés pour caresser le vent, la bouche crevée pour en avaler l’onguent, les cheveux libérés pour flotter en mouvement... Je vis ! J’enfle au diapason de l’ardeur sainte de ma forêt landaise !
Langoureuse, dessinée dans le vent, je jouis d’une habitude sourde et intime : je glisse dans le mystère de la terre. ET... je mords le lever du jour, jour en devenir. J’inspire en élan le souffle des nymphes, je gémis à la source des larmes de fées. Mystérieux breuvage qui sait m’apaiser... Je laisserai le vent baigner ma tête nue. Sa pureté me foudroie en pleine âme, en extase purifiée.
Le chant spirituel d’une nature aux attaches célestes.
Toujours nue, je fixe mon bonheur dans les racines de la vie, tremblant encore de cet amour syncrétique et comblé? Je célèbre l’universel, frémissant encore aux caresses érotiques des éléments. Le soleil naissant décline les saveurs que désire mon esprit, il étale avec gloire les couleurs rythmées du Chant du monde. Les nuées apportent les messages de mes ancêtres brulées. L’agonie de rires de femmes s’empare de ma gorge. Alors mes pieds nus frappent le tambour du sol plein. Mon ventre se crispe, mes bras se contractent et je n’obéis qu’à l’hommage qui leur est dû, au chant original qui les réhabilite. Justice ! Joie !
Mon cœur fond devant le poids de l’émotion, mon dos courbé sous la caresse de tant de femmes exaltées ! Gracile, je danse, je ris et je vis ! Je saisis l’invisible pour porter le monde... Danse originelle et mystique... Le temps retrouvé, le temps renoué, le simple temps !
Manque de toi. Mon essentielle absence !

Lundi 14 mai 2007, 23h :
Je suis femme !
J’existe parce que je suis nébuleuse et substantielle, ici et au-delà, luxurieuse et pure.
Je suis comme je suis, vierge et salie, ne t’en déplaise, papier crevé.
Je vis quand je te jette mon agression et ma lascivité.
J’accède, à travers toi, à ma réalité !
Je nais dans le feu de mon arrogance. Tant pis.
J’éjecte mon grand monstre, mon autre.
Me noircir, pour m’accomplir ?
Que m’importe. Mon expérience secrète, je te la prête.
Je dessine mon univers sous terrain, celui qui m’est proprement infecte, infectieux. Et j’aime chacun des mots que j’ancre de mon intime encre. Et je m’envole fort à chaque fois que je te parle. Et je jubile en te lynchant.
Dans l’air libre de mon temps, j’intègre un espace qui m’appartient. Je rejoins mon langage viscéral. Je donne jour à ma réalité, celle qui me laisse sentir les fleurs vomir leur couleur, celle qui m’invite à frémir la croissance des arbres, celle qui m’enivre du vent. Les mêmes idées, chaque jour, me font chavirer, chaque jour décuplées. Ces mêmes frissons me rappellent qui je suis. Mes brulures.
Je m’ouvre à des trésors ancestraux, ceux que je ne pouvais tolérer.
Me noircir et me grandir.
Je ne prends aucune décision, je chemine, happée dans un tourbillon généreux.
Je regarde le monde sans hésitation, je prends, j’inspire et je dispose.
Infiniment petite dans cette ampleur, j’en reviens à l’humilité merveilleuse. Voluptueusement pleine d’un vide, au cœur d’une dérive envoutante. Aspirée dans un gouffre attirant. Retour aux sources, sans névrose.
L’immense vison de mon impuissance me rassure. Me voila petite sorcière qui vole dans un monde colossal. Si petite devant l’immensité de ce que je perçois. Je reçois simplement la chaleur, la fluidité du temps, l’unité de la lumière qui pleut, l’humidité du futur, et la compassion vraie !
Et je cours, libérée de mes pouvoirs astreignants. Rien n’est grave, désormais !
Je m’agrippe sans peur aux murmures de la brise légère, aux secrets des écorces amies, aux illuminations naturelles. Rien n’est grave désormais !
Parce que je le porte en moi, parce que je le croise à chaque envol, parce qu’il est partout autour de moi.
Mon séminaire cosmique initiatique me ressource ! Que je jouis de te le dire...
Je dis ma joie inaltérable et mon soulagement magique.
Je crie ma libération pulvérisée.
Je chante ma différence ! Je suis autre ! Je suis comme je suis !
Je crois que je ne me hais plus. Oh ! Ecoute... Je crois que je ne me hais plus !
Je suis sorcière. Je suis sorcière !
Oh ! Merci...

Mardi 15 mai 2007, 1h40 :
Il pleut. Je baigne dans un flot d’ondes qui tournoient. Les esprits reviennent en force chanter leur survie, dans toute l’inutilité de l’infini. J’ouvre les yeux sur ces frissons qui me saisissent et ces impressions qui me coudoient sans cesse. Je ris devant ces images qui s’effacent et m’agacent heureusement. Ces fluides évanescents sont la simple continuité de mon essence. Sorcière !
J’aime l’admirable sensation, la sensuelle pulsation ! Je ne saurais plus être sans.
Je suis sorcière et je vole au milieu de ce qui, sur ton papier, parait si peu.
Je ne joue pas avec toi. Je crache ma vérité parce que, en me révélant, je renais et me sanctifie, me lynche et me glorifie.
Mon enthousiasme n’est pas aveuglement confiant mais il m’éblouit ! Ne me raille pas, accepte simplement ma parade. Tu n’as pas le moindre choix. Laisse simplement couler l’immensité de ma superficialité, ou mon étrange profondeur. Menteuse...
Je suis la femme aux anomalies, la sorcière des esprits, la frivole des mystères d’Outre-tombe... Et toi, journal, le dispensateur du bien et du mal, du vrai et du faux, de l’ombre et de l’éclat.

Mercredi 16 mai 2007, 23h42 :
Je me demande si je ne t’écris pas parce que je m’adresse à celle que j’étais, qui doutait, qui pensait abuser de sa démence, aggraver son délire.

Oh ! Je vogue en libre schizophrénie affective, hébéphrénie salutaire ! J’écris pour moi ! Je rédige mon journal intime, intimement moi, intrinsèquement moi…

Cher journal,
Tu penses aux mêmes symptômes psychonévrotiques que moi ?
Tu me sais autiste tel un de ces rêveurs éveillés qui détestent la réalité... Serais-je mon propre dupe, mon propre compagnon d’infortune ?
Je divague avec toi pour enfin me retrouver... M’étais-je égarée ?
Si je remonte fébrilement le fil du temps, jeune inspirée, je tolérais mes hallucinations de bonne grâce ! Et je vivais à côté des voix que je supputais de mon invention maline.
Je ne démentais pas mes vibrations sensibles incontrôlées ! Je les voulais le reflet de ma fibre émotive.
Je savais mon âme multiple et... je la teintais de mon excitation noctambule. Je me présentais extatique, somnambule inspirée mais j’en riais. Vertement.
Allez... N’impose pas de jugement clinique autocratique... Tu n’es Rien face à ma folie ! Je te fais part, en toute simplicité de l’ambivalence de mes pensées, de la complexité de mon être ! Ce n’est pas un repli onaniste, ce n’est pas un refus capricieux du réel ! Regarde-moi : je bois à la source de l’univers, je m’emplis de sel et de miel ; je dévore à pleine bouche tout l’amour de mon ange.
Laisse-moi juste le temps d’une introversion égocentrique... Ce n’est pas si facile d’être soi quand on est marqué sur le front !
Maintenant, je crois en la puissance perfectible de mes sens, en la plénitude de ce moi contrarié, en mon irréductible individualité ; je crois en la multitude de ces êtres invisibles qui te savent et me content tout de toi. Je sais.
Je ne te mimerai pas les manifestations puériles dont j’ai joué pour effrayer les oreilles fermées, les cœurs bouchés. Je ne me soucie pas de ce que tu  crois et je n’ai pas le temps de convaincre un journal réticent, jaloux et frigide.
J’ai sympathisé avec les décharges orgasmiques, j’ai pactisé depuis longtemps avec ceux qui me hantent.
Oh ! Ne cherche pas à comprendre ! Reçois !

Samedi 19 mai 2007, 7h49 :
Sur mon chêne
Je viens respirer la source de vie et mordr’encore mon arbre sacré.
Entre racines entêtées et branches obstinées, je m’installe. Je m’incruste en mon centre idéal.
Entre Ciel et Autre Monde, je décrypte la continuité de mon chemin. Sur les pas de la Reine, dans les sillons de mes ancêtres démembrées, en quête de mon mage dévolu, sur les sentiers habités, je lis ma course vive, ma danse acharnée, mes premiers pas !
Ma peau se colle à l’écorce, happée. Mon ventre convulse au rythme du bois animé, possédé. Mes pieds verdissent et mon regard crève le paysage sublime.
J’entends un esprit qui chante ma féminité, il emplit mon ventre en manque cruel. Indicible instant. Silence...
Sens, feuille intègre, comme je tremble. Perçois, journal vénal, la palpitation de mon sang ! Reçois et vis, un peu, en suspens.
Indicible instant. Silence...

Il me révèle une sagesse nouvelle, il me dessine comme je deviens fidèle et belle.
L’inspirée métamorphose d’une sorcière...

Il y pleut une force vive, en abondance et d’une vertu intense.
Baignée dans cette verte allure, je me sens Une et je me rêve digne.
En équilibre, sans apesanteur, je flotte bien au-delà de la force obscure, à des années de toute souillure.
J’ouvre mes yeux sur une réalité qui se meut : regards frissonnés en symbiose originale.
Je suis fille de la foret et sylve saine !
L’orage se lève. Les grondements trouvent un écho fabuleux en mon râle amoureux. Je bois le vent feuillu qui me pénètre et m’honore. Ma chevelure sombre rit des odeurs qui s’immiscent, imprégnées. Je me mêle avec une volupté mystique à cette tonitruante sensualité.
Bonheur des sens ! Des parfums familiers.
Je sais. Je n’hésiterai plus entre la vie magicienne et la mort attachante. Je ne balancerai plus entre les forces du jour et la nuit si musclée. Je maitriserai mes énergies folles et ma divination précieuse.
Que je serve le fabuleux présent, le merveilleux destin, que je serre le simple chemin de ma vie !
Comme je vibre à l’unisson dans mon antre de verdure, où l’eau coule à flot et la lumière jaillit !
J’y sens l’immortalité des âmes et l’apaisement des souffrances, les voix qui m’appellent et celles que je tais. Sans dispersion douloureuse...
J’aime infiniment ma solitude parfaite puisqu’elle me lie à toi !
J’aime absolument ma surnature puisqu’elle me laisse être femme !
Dans mon sanctuaire sans sacrifice, je ris mon bonheur, je crie mon amour !

Dimanche 19 mai 2007, 8h :
Cher journal,
Tu es ma nécessité, mon besoin, mon plaisir et mon orgueil.
J’attends l’heure où les mots s’imposent dans leur crudité violente et spasmodique. Frissons convulsifs palpables. Sourire crispé indéniablement satisfait.

Diagnostic : Suffisance névrotique, triomphalisme abusif, autarcie intellectuelle ?
Non ! Je t’en supplie, avec toute la simplicité dont je sois capable ! Non, tu me fais mal ! Pitié !

Je construis chaque jour le sens de mon message et de mon existence : la fusion de mes deux univers dans l’athanor effervescent de mon esprit puant.
Tant pis ! Tant mieux ?
Je veux te dire comme je m’éloigne de l’Orgueilleux Démiurge.


Je veux te prouver comme je ne suis plus corruptible.
Je veux crier comme mes mains réclament un salut convaincu.
Je veux dessiner la vision unitaire qui berce mon être exalté.
Je veux te montrer l’étincelle non désastreuse.
Je veux purifier les turbulences de mon passé.
Je veux laver mes anciennes pratiques licencieuses.
Je veux approcher, dans tes feuillets, l’histoire secrète.
Je veux nous rincer. Que la honte se déverse sur notre souffrance comme un onguent !
Bienheureuse thaumaturgie !

Dimanche 20 mai 2007, 22h14 :
Le vent du soir apporte l’odeur de ma forêt et le bruit du désert.
Jouissance des sens dans mon antre qui, depuis peu, s’humanise tant et tant !
Je pars en rêve comme je rejoins mon chêne. Je traverse les espaces, les odeurs et les formes de mes univers, dans le plus charnel amour... Je me détache sans me perdre. Le Sauvage se tapit en mes entrailles. Il s’impose à moi, libre et farouche.
Renversement salutaire. Mon au-delà entoure l’ilot de la contingence presque fréquentable, maintenant.
Chaque instant est enchantement, puisque, désormais, je respecte mon temple, ma futilité, mon essence !
A l’école des mystères...

Lundi 21 mai 2007, 1h57 :
Je vis !
Sur l’étroit sentier qui s’enfonce goulument dans ma légende baroque.
Dans la voute feuillue densément émue.
Dans la profusion pullulée de mon antre.
Dans les odeurs d’un miracle végétal.
Dans les vies multipliées !
Je vis cachée, et je me jette sur toi, papier rugueux. Pudique, impudique.
J’épouse mes désirs tout autant que tes frayeurs paginées. Je vis cachée. Leurs vies cachées.
J’accomplis, ici, maintenant, ma fantaisie surnaturelle, mon besoin naturel.
Et je te soumets, inexorable, ma promenade légendaire, sur les pas hésitants de ton imaginaire : ma réalité !

Viens dans mon temple sacré !
Là, tout s’éclaircit au pied des pierres levées, dans la profondeur de la grotte au loup gracile, au milieu des marais limpides.
Inspire la force tranquille, l’unité apaisée.
Frôle le bruissement rassuré d’une obscurité majestueuse.
J’effacerai les noirs desseins, j’épuiserai les forces incontrôlables, je soignerai les maux hermétiques.
Imprègne-toi de ma danse, une ronde vive, au détour du chemin !
Sois le promeneur attardé, attendri, qui choisit la merveille : la blanche biche !
Contemple la vertu ignorée, le prestige brumeux des charmes...
Ne t’égare plus dans l’autre labyrinthe huant.
Cherche la fontaine, le perron de Merlin. Croque la suavité de la pierre, lèche la pureté de l’écorce, caresse la terre grassement heureuse.
« Les arbres, les pierres (t’) apprendront ce que les Maîtres ne sauront enseigner... »
Regarde les orties pures, la feuille de saule emportée, la délicate enveloppe noisette.

Il était une fois...
une sorcière éprise... qui apprivoise en passant l’instinct sauvage de sa libre sensualité. Elle s’inquiète, se disperse... et alors s’édifie !
Il était une fois...
 une course nocturne prometteuse au-delà des ronces empêtrées et des troncs noués.

Crois en mon mythe, je te supplie ! Débride encore ton esprit enfantin. Lui seul détourne les ruses du Diable.

Mardi 22 mai 2007, 6h45 :
Nuit ensorcelée !

Je goute encor’ la passion renversée,
A l’aube du chant débridé de la nature agitée.
Je mords au tréfonds du désir assagi...
Etreinte vaincue !
En mon antre inquiétant...
Pas une infime seconde pudique et rougie !
Va ! Fuse, le bonheur rugi !
Dans la pression des mains...
Sur les cœurs de chair,
Se soulève la mer !

Sur mon sein,
Tu t’agenouilles révéré.
Tu répands sur mes reins
L’aube de la lune mentholée.
Soupirs sombrés.
Yeux voilés.
Têtes penchées.
Ventres tressaillis.
De ta bouche en ma bouche,
Souffle et lumière.

Je suis femme aux doigts sauvages.
Je suis fée au cœur fleuri.
Tu es homme qui frémit.
Tu es ange qui flotte en un souffle hydromel.
Instant surhumain.
Paradoxe de l’obscure clarté des étoiles...
Soupirs d’une fragilité morte,
Baisers d’une fougue vivante.
Souffles pressés au seuil sacré...
L’amour sonne !
Remouds profond.
Ondoiements renversants.
Nudités incrustées.

Ah ! T’aimer blême, dans la langueur percée des regards chavirés...

Mercredi 23 mai 2007, 23h :
Je cours dans l’herbe drue, les pieds libres et nus.
Je cours envolée dans l’élan. Course vitale.
Parce que mon ventre plein m’y pousse,
Parce que ma bouche assoiffée réclame.
Manque de toi.
J’écrase, je dépasse, j’avale, je tire. Course viscérale.
Les fougères frôlent, les orties lacèrent, les feuilles coupent. Course vitale.
Je cours. Je te porte en moi.
Je porte ton souffle sous mes ongles.
Je porte ton haleine sur mes cheveux.
Je porte ta fragilité entre mes dents.
Je porte ton honneur entre mes reins.
Course végétale et vitale.
Nous.

Jeudi 24 mai 2007, 00h01 :
Secret amour
Ce soir de pleine lune, j’ai vu couler mon sang et tomber mes cheveux pour l’offrande amoureuse. J’ai soufflé sur ses secrets brulés, j’ai peint de miel le bord de ses rêves, sur la courbe de ses reins. J’ai volé le regard du loup, l’ai jeté sur son cœur assoupi. J’ai sacrifié au chat noir mes sentiments_ vulnérables et fous. Regard velouté apaisé!
Je renonce, De Occulta Philosophia !
Que je le hurle au vent !
Je danserai librement, foulant romarin et vomissant la verveine !
Mes petites sœurs ne sont plus suppôts de Satan depuis longtemps !
Non ! Journal venimeux, personne ne me retient ! Ma cage de figue enragée est brisée.
Je ne me contiens pas, déliquescence sensuelle : l’amour coule entre mes seins, les baisers affamés débordent de mon souffle.
Un soir de croissant, j’ai connu l’Unité. Les grands Anges sont revenus me rappeler la marche usée de mes cercles abusés, manipulés.
Oh ! Chaîne magique sans victime possédée !
Les nuits désertées par les astres, je danserai ardemment dans un déhanchement purifié. Plaisir de l’abomination effacée, jouissance de la messe inversée, vers les Simples adorées.
Je salerai une union sonnée. Je nous empierrerai de jais. Infinie promesse.

Vendredi 25 mai 2007, minuit :
Ciel ! Je crie avec toute la hauteur dont mes forces légères sont capables combien je renais de ma cendr’innée. Ma joie est digne de parole. Toi aussi, mon confident, tu mérites la collection de mes mots sautillés. Mon Bien a le droit imprescriptible de s’étaler, se semer, se récolter !
La sorcière exhibe l’heureuse voltige. La sorcière exige le verbiage content.
Je devance l’âme ombrageuse, en route vers la lumière promise. Heureux horizons.
Je ris sentant le vent répandre la semence de mon souffle gai. Ma ferveur éblouirait-elle l’en-deçà ?
Aux carrefours d’Hécate, s’annonce ma guérison. J’encloue les rencontres malvenues. Au pied de la croix, mon chapelet est complet !
Quelle férocité joyeuse !
Oh ! Mon grimoire du soleil, sens-tu comme tu bois la lumière ?

Dimanche 27 mai 2007, 9h :
Ne t’alarme pas journal clair-obscur ! Je ne blesserai pas tes oreilles de mes rires tranchants !
Mes sarcasmes s’épuisent. Mes grincements s’adoucissent en caressant le grand livre de l’humanité, en puisant dans la fleur poétique.
La flèche sombre n’atteint plus la profondeur de mon esprit. Décochée ! J’oublie avec joie mes lasses formules d’oppression. Je suis affamée ! J’ai faim parce que je le veux. J’ai faim de ma fleur la plus pure, celle tapie en moi, celle qui pousse sous mes ongles, qui me noue la gorge et qui me pique les yeux, celle qui me fait telle que je suis, celle qui se cache dans mes cheveux et celle qui coule dans mon sang.
Pas d’ascèse, juste l’oubli désiré de la mortification de mes chairs. Je sens une tension tout intense envahir mon corps, sans douleur, sans fièvre putride.
Heureuse la sorcière bien portante, envolée parmi les siens, florissant dans le plaisir simple, dans la vigilante religion du simple temps. Mon teint se hâle dans les plus brillantes et chaudes émotions. Gloire à la vie, où tout se transsubstantie, la terre en bourgeons, la pierre en lit vert, le corps en esprit.
Travestissement ou métamorphose d’une sorcière ? Que sais-je ?
Le temps est venu d’entendre les mélodies gracieuses et colorées.
Oh ! Séduite, j’exorcise ! Je chante sans mourir.
Sur le mont de Vénus, je cours devant la chasteté, après les esprits merveilleux. L’univers entier prend forme sereine.
Que les sueurs amusées du sabbat, que la musique chahutée, que les baisers vrais dissipent toutes tes craintes, journal convaincu !
Je ne vois plus les petites gens aux habits colorés, blessés par un poignard enfoncé en leur flanc. Je n’invoque plus. C’est une évidence. Que m’importe de frissonner à en mourir ? Je veux vibrer et vivre !
Merveille ! Je n’embrasse que les esprits familiers, ceux qui se rappellent des couleurs vives, ceux qui tremblent encore quand le vent les cajole. Je ne questionne plus, j’accepte simplement les secrets fabuleux. Je ne sais déjà plus maudire ni reconnaître les vertus des poisons ancestraux.
Je me réjouis de mon retour. Tant de siècles attendus ! Je n’ai pas vendu mon âme.
Plus rien ne flétrira l’appel de mes sens, les battements jolis de mon esprit. Je fais vœu d’abstinence infernale. Je suis avide de joies libres et sensuelles. Voilà toute mon intention. Je bois à la source primitive, sans tomber dans les entrailles de ma terre.
Que mes joues rougissantes, que mes yeux obstinément émeraude renoncent à la pudeur !
Hérésie que cette censure brûlante, cette préoccupation académique ! Il suffisait de laisser mon excitation controversée s’écouler. Il suffisait de sacrifier la morale aveugle à l’intérêt des esprits habités. Tant à apprendre! Encore, tant.
Tu t’éloignes de mes mots rocailleux ? Non ! Pas encore ! Laisse mon cri te traverser !
Je te disais, _il y a si longtemps..._ que je ne te devais rien. Pas de devoir, pas d’intérêt, encore moins de soumission ou de dépendance absurde. A travers toi, je me réalise, parce que je me dis. Tu es et seras à jamais mon écrit original, le savais-tu seulement ? Mon miroir, mon reflet.
J’ai besoin de toi pour fleurir ce rayon de lune !
Je ranime mon courage et ma folle ardeur. Mes mots, parce que je ne les jette pas au vent, parce que je te les confie plus sereinement, dépassent mon mystère noué. Je dessine avec une rage intestine mon énergie régénérée.
Merci.

Lundi 28 mai 2007, 1h43 :
Jour saint... J’ai reçu d’être moi, sans la peur terrassante de l’Autre !
C’est une chance : le vent bourdonne dans une langue qui m’est connue.
Je vois dans l’éclair, mon visage double et l’autre face de la lune qui n’est pas écorchée par d’antiques batailles sanglantes. Je me joue des cicatrices hivernales puisque je vois si près le Seigneur de l’été. Ma gorge impudique inspire plus haut _ sous son souffle. Ma robe noire s’irise _ sous ses doigts.
Je soigne aujourd’hui mes blessures propres et je les enfouis sous une dalle de pierre. Envol sans onguent !
Je ne refuse pas mes pouvoirs redoutés, je vole en équilibre avec eux, un moment ordinaire.
Il m’est apparu sur la voie de la Concordance, l’enfant sans âge qui sait qui je suis. Il lit chaque courbe, chaque onde que je sommeille. Il m’a rappelé mon nom quand je cours dans les bois. Alors avide d’alchimie mystique, je désire à en mourir ce souffle brulant. Accomplir ses désirs insatiables sur les cierges affolés, dans l’honneur des enchantements incubes.
J’ai frôlé la perdition dans le gouffre de l’ambivalence. J’ai frôlé la déserrance mais je reviens, des feuilles plein les cheveux. Je m’ouvre la gorge sur mon chêne prophétique ! Je vénère ma chance sacrée dans mon repaire de joie... Dans ma prison d’air qui retient l’ombre de tout maléfice !
Gigantesque paradoxe, merveilleux équilibre...

Mardi 29 mai 2007, 2h :
La sorcière fantasme... Jour de révélation.

Ah ! Je file vers un tourbillon de surprises tonitruantes. Surprise de mes sens ressuscités, surprise de mes pensées étoilées. Je défie la lumière des lanternes magiques à des années lumières des balais embrasés et des prédateurs désabusés.

Arrête ce couplet hybride d’analyse psychiatrique et de regard ironique !
Regarde mon corps indemne, ma féminité assoiffée... Je cristallise folie sage et sagesse folle. Non ?
Celui au pouvoir de sorcier le sait, il me soigne comme il m’aime. Non ?
Ne déchiffre pas ma prose indigeste... Laisse couler...

Mes cris de désirs et nos larmes douces effacent mes errances, les siennes.
Son sourire aux yeux d’abysse me ravit loin, si loin, et son odeur apostasiée me ramène à lui. Balancement charnel...
Comme je voudrais mes mots sinueux et tremblants, puissants !
J’ai besoin de dire, d’ouvrir plus fort _ loin des mots étranges en péril.
Me voila !
Bonjour mon osmose parfaite.
Je suis l’Amoureuse. Le nez dans les grimoires heureux, je ritualise mon humanisation ! Carmen moins dangereux...
Oh... je danse encore avec la belladone, fétichiste, habituée à l’élixir vespetro...
Mais !
Je baiserai la main que je ne couperai pas. Je boirai le regard que je ne manipulerai pas. Je désirerai le souffle que je ne volerai pas.
Je tais mon pouvoir pour n’en plus abuser. Simplement.
Je vais à l’absolu comme la montagne serre l’horizon.
Je respire mieux !
Abstinence remarquable puisque la volupté ne trompe pas, que l’amour arrache la tromperie.
Au delà du réel, au delà de mon surnaturel, je me sens profonde, simplement. La douce éternité des instants suspendus.
Mon monde inondé.
Mes mains ouvertes et pudiques.
Hypnose indécente.

Samedi 2 juin 2007, 1h37 :
Voilà quatre jours d’abandon... quelques heures mouvementées... de mon papier !
Voilà quatre jours que je danse. Mon corps est en expression continue, voilà tout !
J’ai choisi l’écoute de ma gravité_ pas celle à laquelle tu es accoutumé, éperdument accroché _ à l’école de mon ventre de gravité.
J’ai choisi l’apprentissage enivrant d’un mouvement neuf, dans une indépendance latérale.
Je change, je fléchis, je me fléchis, en adhérence avec le sol enamouré.
Mon mouvement s’inverse : je sens mon corps, je me souviens de chacun de mes membres, je me rappelle ma chair. Mes ondulations s’élargissent, je m’assouplis dans une ronde de chair et de sang.
C’est l’histoire d’une sorcière qui apprivoise son corps, qui libère son esprit amoureux.
J’éprouve un transfert palpable et vif sans chercher l’évanescence : vive impression d’un ancrage dans le sol, un enracinement jouissif !
Je rejoins dans une danse incontrôlée le mage de mes rêves. Il devient Homme dans un échange rapproché, dans un mouvement accompli, dans un espace inouï, dans un battement de cil, dans un baiser porté. Autant d’expressions d’un seul et même ensemble...
Au-delà des aspirations fantasmées, une réalité charnelle et atemporelle me lie. Rien ne sera plus grave, désormais. Transfert de gravité !
Voila quatre jours que je danse, une danse ininterrompue, qui chante l’amour simple-souple, dans la pulsation d’une énergie décuplée. Oh ! L’équilibre des forces, l’excès de bonheur sans peur du danger magique ! Pas de leurre, encore moins de chimère fantasmée, un état ineffable. Alors, je me tais. Pardon.

Dimanche 3 juin 2007, 8h :
Cher journal,
Je te transmets, tu me reçois. Tu ne m’influences pas.
Je ne te lis pas !
Ne cherche pas les indices ténus de mon langage chevelu ni de ma danse suppléée.
Prends mes mots, caresse mes gestes, regarde mes humeurs, ris de mes certitudes douteuses ou de mes doutes certains.
Crie, gémis, grogne... et Soupire ! Bah ! Comme bon te semble...
Laisse m’encore barbouiller ma révolution affective, ma révolte physique. Des touches franches, colorées, superposes, mêlées.
Laisse-moi le temps de m’ignorer, me connaître ou me mentir. Je veux fleurir après mon gentil névrotisme ! J’ai étalé ma vomissure sur tes pages, j’ai peint avec mon agressivité facile. J’ai imprimé mon drame toléré, dans un coin entre mes tares héréditaires et ma féminité, juste dans un creux entre Eros’ion lumineuse et Thanatos inorganique... Reste encore un peu mon témoin infidèle et symbolique... Encore... Je quitte déjà doucement, pas à pas, mon psychodrame coloré d’affect intolérable… J’atrophie mon orgueil inavouable. Merci, mon Amour authentique. J’accède à la lumière, après la reviviscence de mes ancêtres mutilées, après le cri primal de mes crises hallucinées...

 

Lundi 4 juin 2007, 8h :
Joie !
Comme il est enchanteur d’avoir les yeux merveilleux pour gouter les rires des anges, les fleurs pures, et l’eau bleue ! Comme ma joie est grande _effusion_ de la voir se répandre...
Joie unanime et une ! Exaltation triomphante !
Je puise dans la fraicheur des regards heureux, dans l’absolu du ciel tout juste éveillé, dans le bouton qui menace d’exploser, dans la fragilité des feuilles crues.
Je crois en les étoiles qui rient, qui tintinnabulent !
Ma colère se meurt éventrée, meurtrie et si pâle devant ma gorge gonflée ! Je porte en mon sein un amour énorme, noyé de gouttes de rosée : mes tensions engluées se décollent patiemment ! Mue calme et régénérée.
La tête plongée dans les arômes, les doigts noués à la terre attachée, détrempée par la pluie salvatrice.
Les histoires sombres s’envolent ! Les souffrances et les cris se desquament. Les voix s’apaisent. Je sais ce que je ne veux plus savoir, je sais ce qu’il me faut, mon évidence. Là où je dormirai, je m’allonge les pieds dans la glaise grasse et compacte, la tête enfouie dans l’humus fertile.
Je vibre à l’unisson dans cette caresse granuleuse. Je sens l’univers entier qui danse, et je ris du vertige aliéné. Sans peur, sans pudeur. M’abandonnant, je me retrouve et je souris.
J’atterris.
Me prosternant, je te rejoins, monamour.
Dans notre isolement !
Je retrouve ici mes parents et les tiens, je sens ma voie, la vie, le sang et la vigueur !
Je fouille dans le tréfonds intime qui nous lie. L’énergie vitale me transcende dans une respiration profonde, dans un regard profond. Je gratte obstinément, vers notre liberté rassurée. Emportée, vivante, parce que je sens tes ongles noirs tout autant parfumés d’humus. J’apprends, j’avale, je sais qu’en ce même instant délicieusement suspendu, tu te nourris. Communion parfaite, inspiration tremblante...
J’y jette mon cœur, je donne chacune de mes larmes. Gaies. Quelle audace ! Dire mon bonheur et frémir les deux mains enfoncées dans l’abysse médité !
Ah ! Je préfère l’innocence de mon envolée à mes cris débiles et rauques. Je préfère creuser mes rêves et mon bonheur à mes cris écorchés suffisants. Je choisis l’existence que je veux plutôt que la morne bile ! Je m’échappe parce que je reviens.
J’ai trouvé mon rituel d’Amour. Je voue un culte à la vie, loin de mon obscurantiste passé.
Il passe !
Il est passé.
Je m’ouvre au pouvoir de la lumière... Je danse au lever du jour ! Et je rejoins mon antre saint. Aucune odeur de soufre. Tu y es encor’,

Mardi 5 juin 2007, 0h :
Pesanteur. Nuit pesante.
Réveille-toi souffle du temps ! Gronde, grandis, enfle et siffle ! J’ai besoin d’air : qu’il arrache la poussière, qu’il lave la terre. Qu’il emmène à moi les odeurs humectées ! Cette nuit, une épaisseur lourde et brumeuse me pèse. Je rêve éveillée de la voir se creuser de tourbillons.
Je file, je cours rejoindre le couvert feuillu de mon refuge forestier et me nourrir du soupir des feuilles éteintes.
Merveille attendue ! Tu es là. Dans un paisible silence, étendu dans l’herbe courbe, les pieds nus dans la source. Je me souviens ; à peine perdue, de ma soif de vent.
Mur de silence... Mue par le silence, je viens, je dépose ma paume sur ton ventre, ma main sur ton front. Je te couvre d’un souffle, je te recouvre d’une fleur pure. Celle qu’il te faut, que tu désires et qui te lie. Doux mel’ange parfaitement léger, dans le bourrelet de notre forêt. Les fantômes rient de nos visages trop vrais, sans nos habits de plume...
Le vent se lève.
Caresse sur nos âmes, sur nos corps, sur l’herbe percée de papillons blancs. Quand le genêt parfume, tu n’es pas loin, plus jamais loin de moi. Je sais.
Nos mains s’assemblent, se joignent au plus profond d’un nous bouleversé. Notre langue originelle se dévoile, front contre front, nez contre nez, soufflée... Les oiseaux exquis hurlent, les fleurs éclatent. Mon Enchanteur...

Mercredi 6 juin 2007, 12h :
Tu saignes !
Ta côte fendue coule sur l’herbe rude !
J’applique mes cataplasmes chantés. Je charme avec toute la ferveur de ma foi sorcière. Je murmure avec toute la frénésie dont mes muscles puissent trembler. Tu saignes depuis longtemps.
Chut... Je m’ouvre le cœur ! _ cœur sorcier, cœur nourricier, cœur égaré. Je suis là ! Je serai là !
Permanente évidence dans un temps unique et dans un espace infini. Je serai dans le miroir de ta vie et dans le reflet bleu qui t’entoure. Exquise magie qui nous lie aux racines de nos arbres, aux origines de notre source.
Sans abomination, sans hurlement terrible, sans exécution lacérée, je suis là ! Je serai là !
Je m’abolis de l’esclavage des messes pourpres, des saccages verts. Je guéris, je te guéris, mon ange chu.
Je caresse là où le couteau a fendu ta chair, je charme les plus viles cicatrices, une à une. J’inspire si fort tes absences, j’avale les coups malins et furieux, furieusement injustes. J’embaume ta brûlure et la mienne. Je libère au vent revenu les cendres brulant encore.
Oh ! Monamour, ne regarde que le chêne, celui dont tu es amoureux, celui-là même autour duquel je danse et je ris, nue ! Regarde-le ! Il est ton image et ta force. Personne ne touchera sa source. Je suis là ! Je serai là !
Tes pas ne coulent plus. Ils sèment la lumière. Et je suis heureuse. Je serai heureuse !

Encore : 21 h36...
Pardon... Journal...
J’oublie de m’adresser à toi. Ni tutoiement, ni insulte facile, ni feuille crevée…
N’es-tu que le piteux destinataire de ma hargne ?
Ton drame aura été d’être le maigre destinataire de la sorcière aux deux visages…

Jeudi 7 juin 2007, 3h 45 :
Je ne veux pas dormir, pas encore. Je ne te laisse pas dormir.
Double énonciation, multiple, multipliée …  Puisque !
Journal, je veux gratter encore, encore… et t’oublier un peu, le temps d’un tu flou-fou !
Et toi... Je veux être contre toi, en toi. Je veux te serrer et m’imprégner, éclater et partager à mesure que tombent les secondes, en démesure !
Bien au-delà de la matière, Diane et son Mage...
Harcèlement consenti. Rien de plus qu’une fusion intemporelle, spirituelle, réciproque.
Tu es l’eau de pluie, la tourbe, le bourgeon bavard, l’étoile innocente. Un charme d’abondance ! Celui que…
Je serai ton verbe, ta source inextinguible !
J’ai l’impérieux besoin de plonger nue en ton regard bleu, de goûter ta chaleur, de dévorer ta fraîcheur, la toute verdure cachée sous tes ailes.
Nous sommes nus, sublimés, beaux ; les joues unies dans la boue ! Le lierre pousse entre nos orteils, sans douleur, sans poison.
Regarde, notre chêne s’engrosse inévitablement : il appelle une danse vaste, unie, grandie.
Je change ! Mes cheveux noirs tantôt castrés, si courts, en oublient leur raideur androgyne et leur couleur de corbeau. Mes hanches, tantôt saccadées, s’arrondissent avec une habilité qu’elles ne savaient plus. Mon corps lâche la féminité qu’il revendiquait en la briguant ce’pendant... Ma nudité devient nécessité, sans pudeur scandalisée. Parce que je te suis !
Tu souris, là... Maintenant. Je le sens.
Tu souris de ta puissance, tu souris de ma spontanéité nouvelle. Parce que je te suis, parce que tu m’offres un trésor inépuisable, de lumière, de joie, de chance. Ma chance ! Et, je souris : tu marches sans peur ! Même entre tes cils, la peur ne coule pas, la terreur de tes mots forts n’est plus.
Nos mots. Ceux de nos maux.
Ecoute, l’univers chante nos âmes mêlées, l’univers fait fête ! Ferme tes yeux inquisiteurs et profonds... Ferme-les sur ce chant fébrile... Ferme-les, je t’en prie, et inspire.
Oh ! Mon journal, à qui d’autre pourrais-je peindre ma turbulence heureuse ? Qui accepterait mon indécence ? Qui partagerait sans amertume ?
Toi, tu sais. Tu sais comme mon crayon se nourrit de ta page, comme il ne saurait se passer de sa caresse grinçante. Et tu attends la pression de la mine opale. Si seulement tu le pouvais, tu ne la laisserais pas dormir !
Et... tu sais la forêt, la saveur du bois, de la terre. Tu peux recevoir comme le soleil s’est assis dans mes yeux ! Comme la vie se plante dans ma chair ! Comme ma peau se pétrit de frisson, ma gorge déborde d’émotion, mon regard épanouit l’horizon !
, merci,

Vendredi 8 juin 2007, 14h :
Je deviens celle que je dois être. J’ai fait transpirer mon esprit à outrance, j’ai meurtri mon corps tant et tant !
Il me fallait errer dans le monde sans couleur, la nuit, dans la nature qui oublie les hommes. Il me fallait l’humidité solitaire pour m’y fondre, être la seule à surprendre le chemin gris endormi ! Quel bonheur d’être sorcière quand je file sans que l’univers ne le sente, quand je frôle sans que la nature ne s’éveille… Sur la pointe nue de mes pieds, le sol ne sourcille pas… Fantôme léger ! Pourtant, il est temps de cracher mes deux visages… deux visages assemblés.
Un temps suspendu, je parle les mots des oiseaux, je chante la mélodie intime de mon arbre. Et j’entends le secret indicible. Je sais et je vois l’invisible. J’écoute la vie sous l’écorce, je reçois les battements de cœurs des animaux minuscules, je m’enduis de l’odeur des animés végétaux, je caresse le chuchotement des feuillages, je viole le ronflement de la mousse ! Je guéris les failles béantes, je perçois_ fulgurance _  leurs instants, si près de leur mort… Je sais, seule, me submerger à l’horizon de l’aube, bien avant que ne chante le monde, bien avant que ne jaillissent les couleurs !
Heureux mortels qui ne savez rien, heureux mortels qui ne vous doutez de rien ! Comme vous avez la gentille raison : Ma grande aventure sera simple…
Mon esprit reste clair. C’est le bon moment ! Je pars en simple aventure vers la part qui manquait à ma destinée. Tu me manques depuis que je te sais mon autre. Celui en lequel je baigne, légère, en équilibre aérien.
Depuis toi, notre chêne verdit plus fort. Les feuillent se joignent et se multiplient. Son tronc prend des forces et puise en nous, plus vaillant et plus fier !
Mes yeux bleuissent, verdissent. Douce complémentarité des fleurs de lumière. Le désir plein la bouche, le bonheur sur les paupières, je mords les pommes les plus savoureuses, dans le vent. J’éclate de rire, comme si je voulais mon visage rayonnant de la toute bonté du monde, la simple gentillesse, l’oubli des ténèbres. Comme j’aime embrasser les merveilles qui m’entourent ! Comme j’aime t’y chercher, te trouver dans la poussière de lumière. A chaque recoin, tu es là. Et je te porte en moi !
Mes seins s’arrondissent, velouté et laiteux, mes joues rosissent. Mes cheveux brillent comme la soie. Flammes magiques… Le Diable est bien loin, retenu, prisonnier devant ma force féminine !
Mes précieuses armes, mes précieuses forces, juste moi. Et toi !

Samedi 9 juin 2007, 23h :
Métamorphose, Anamorphose…
Ce soir, contre toute attente, sans aucune angoisse, j’ai senti l’écoulement chaud de mes premières menstrues… Voilà trente années presque, que je me fermais obstinément  au cycle de ma vie. Trente années de castration que je ne savais pas…contrôlée. Trente années à provoquer ma stérilité en guise de châtiment ! Je me savais sorcière et je le reniais. Je me croyais femme et je me travestissais. Double renoncement. Mi femme, mi sorcière ! Incomplétude frappante. Les parts manquantes…
Et ce soir, coule mon humiliation _ avilissante erreur, faute accomplie ?
Mon sang n’est pas blessure ! Le flux évacue impétueusement les miettes de mon sadisme fantasmatique ! Mon corps lutte, il combat avec un zèle héroïque au nom du droit à la féminité… Exhibition si forte de l’éternel féminin ! 
Je devine mon autre mystère, celui-là même que je ne m’accordais pas. Je sens les atermoiements de mon bas ventre, à l’écoute des contractions agréables ! Je suivrai le cycle lunaire dans une cosmogonie jouissive. La nature parle en mon sein, en ma bouche. La nature se rappelle à moi, moi qui ne cesse de communier avec elle ! J’ai la sensation de purifier mes pouvoirs sombres. Mon écoute indiscrète des nuisances se tarit…
Oh ! Je me croyais femme ! Je le deviens, seulement. Je sens les graines grouiller, se fertiliser à mes côtés ! J’entends l’essaim qui ronronne ! Je vois les bourgeons se briser ! Inflammation  amoureuse…  L’histoire d’un renouveau… L’écoulement de mes humeurs malsaines, de mes poisons intimes, métamorphose de ma chair toxique et grasse, pléthore heureuse ! Mon balancier sanctifié ! Mon ordre naturel s’inscrit sur les pages de ma vie.
Saignée.
Je ne m’empoisonnerai plus de mes humeurs moroses irritables, je tairai mon haleine fétide et mutine, je n’imposerai pas ma propre flétrissure, en spectatrice muette et sadique. Mon sang blanchi sera source de vie. Je sais mon rôle éternel. Parce que je suis femme ! Femme !
Mon corps se meut, en entier en branle… Et j’aime ces vertiges nouveaux, les crampes totalement aliénées, mes complexes convulsifs ! J’ai soif ! J’ai faim ! Je vis !
Entre rires et larmes, entre bonheur et

Dimanche 10 juin 2007, 10 h :
Je suis heureuse. Plénitude claire, fière et lucide. Je sais ma chance.
Euphorie à profusion.
Je connais un plaisir satisfait, un appétit apaisé sans culpabilité.
Cesser un temps de me regarder.
 J’ai observé tout à l’heure un papillon blanc voltiger sous le nez excité du félin. Il est tellement léger, tellement pur.
Volatil, dépendant de si peu, arrogant de légèreté.
Ah ! Identification facile ! _commentes-tu...
Je jouis de mon plaisir léger, sans obscénité. Je jouis de mon bonheur parce qu’il est tien. Si je ne te devinais sous l’aile du papillon, je ne saurais pas la liberté. Parce que je deviens femme à force d’aimer, je désire en presqu’innocence, sans concupiscence, sans duperie, sans vanité. Tout en moi s’irise de teintes violentes et d’une profondeur proche du miracle. Je ne cherche pas à comprendre_ journal taquin, festin _ je dis l’insoutenable légèreté de ma vie ! Je dis pour que mes mots volés si haut retombent sur moi comme une plume. Je dis ce nœud de ma vie comme un silence joui. Je dis comme je cours, comme j’échappe, comme je m’accomplis. Et je dis comme j’écris : Ma vie parallèle, ma vie recroquevillée sur tes feuilles, rétive et luxuriante. Je dis en me mentant ou, en mentant, je me dis ! Mensonge ou vérité ? Qu’importe, l’essentiel est la lumière, non ? C’est pourtant dans mon fantasme que je suis !
Mes sens captent si fort la morsure de ta peau, la griffure de ta bouche, le ravage de tes baisers... que rien n’a d’importance sans l’empreinte de ton regard vampirique. Rien. Indécence du bonheur.
Peu m’importe.
En apesanteur, être là, en toi. Etre là, ce matin, au milieu de tes fantômes, évanouie et entourée de ta chair, insufflée à la jointure de tes lèvres, frissonnée sous la pesanteur de ta paume. Vertige abandonné, volute parfaite.
Et si mon Bonheur était là ? Parce que je suis accessible, sans vulnérabilité moche ! L’envie _ grise _ de vivre, de vivre en tes yeux !

Dimanche, 23 h :
Juste dire comme...
Mon chant d’amour flotte encore. Je déborde sur les senteurs printanières, je caresse les pétales et la terre battue. Je vibre au diapason des douces ailes pâles _ battements couleur de lune dont je ne sais me détacher_ et je me pose sur ton cœur.
Le tien !
Je ne saurais chanter pour d’autres ailes. J’en brûlerais ! Mon heur’ s’écroulerait ! Je te cherche entre ciel et terre, l’âme enivrée d’azur, le cœur balancé par ton souffle charnel.
Regarde-le, papillon pur qui voltige au plus près de ton univers, il ne se pose jamais loin de toi  !
Entends-le, il t’apporte sur la chaleur de ton épaule, les mots amoureux que je ne cesse d’émietter. Il passe, vif et dégingandé, tel un souffle de poésie !
Dans l’instant éternel, je ne vois plus que lui, je lui offre ma plus dense émotion. Qu’il te l’apporte. Qu’elle t’importe. Que le battement de son aile aggrave ton désir ! Une tornade amoureuse !
Qu’il s’approche de tes cils, qu’il te danse ma promesse ! Qu’il répande son cristal, sa fraîcheur ignorée, qu’il montre comme il sait se pencher sur l’unique auréole, comme il désire garder ses ailes larges-ouvertes, sa bouche livide tant offerte !

Lundi 11 juin 2007, 20h :
Que tes pages de papier, pierres levées, soient mon livre de chair…

Mardi 12 juin 2007, 11h 46 :
Sais-tu seulement comme il est bon de deviner ce qui t’enfle le cœur ?
J’ai franchi l’instant imprécis de ma vie où s’élargit l’horizon… en geste d’amour.
Je vois jusqu’où le monde se clôt dans l’ombre de la lune, grosse !
Je poursuis la force irrépressible de ma vie, mon irrésistible voie, voix !
Je ne sais... comment remercier !
Merci pour la tiédeur de la terre, merci pour l’indescriptible couleur jaune de l’atmosphère appesantie, pour l’odeur frauduleuse de la pluie d’été.
Merci pour la clarté de ton regard, pour les volutes de ta voix qui roule dans ma nuque, pour ton sang fier qui claque sous mes doigts, pour tant.
Merci pour mes mains qui veulent ne connaître que toi, merci pour mon abandon las-heureux, merci pour mon extase dévoilée, merci pour l’envol révélé.

Mercredi 13 juin 2007, 13h11 :
Je manque de toi, plus fort.
Peut-être que ce que pensais ma complétude n’était pas. Des années d’orgueil satisfait ! Une prison d’autosatisfaction frigide. La vie ne bougeait pas en moi.
Je hais maintenant le cercle parfait. Je ne saurais vivre sans cette faille vibratile, cet inachèvement baroque qui me fait courir, rugir ! La faille s’ouvre et coule inexorablement !
Ma vie est donc la quête de la délivrance aventureuse _ désir d’oublier un peu mes fantômes familiers, les présents non désirés dont mes ancêtres m’ont fardée, mes mots étouffants, mes maux rassurants, le monde de Diane... Il y a, un si long temps, je suis entrée dans une infinie et noire caverne pour m’y brûler les pieds, m’y arracher les ailes sur les parois agressives, me crever le ventre sur l’aiguillon de pierre. J’ai lutté sans courage, sans choisir. Je me suis couverte de plaies, de brûlures _ sans souffrance vraie, juste une fierté qui pue. J’ai senti la pourriture de si près...
Et, j ai compris la Lumière. Je ne suis pas fille des ténèbres, l’ange noir que je revendiquais, avec une hauteur contradictoire. Je suis... ce que je suis. Depuis, j’ai appelé sur moi la fraîcheur des herbes magiques, j’ai bu la force nourricière de l’air. Fille du vent, de la nature... Et j’ai écrit !
Je suis sous les parfums des narcisses, le reflet du ciel sur la paume. Douce chanson d’humilité…
J’attends dans un élan heureux, et je rajeunis à mesure que je sens ton attente. Heureuse de ma danse agitée, ma joie déborde dans le tourbillon du vide délicieux que tu me laisses.

Jeudi 14 juin 2007, 23h15 :
Tiens...
Que ces pages de papier, pierres levées, soient mon livre de chair…
J’écoute mon corps, les vagues qui m’arrachent et me jettent sur toi !
Ma respiration coule.
J’inspire ton air pur.
J’expire dans un souffle d’amour.
Je suis ton battement.
Tu danses sur mon sein.
La lumière de ton ventre me transperce.
Je plonge en toi.
Transparente, immatérielle et charnelle,
L’Amoureuse...
Sur les notes d’en haut,
Suis-moi !

Vendredi 15 juin 2007, 12h12 :
J’assemble des petits bouts de moi, avec des mots qui déboulent en foule. Des petits morceaux de vérité et des petits mensonges. Je suis seule au milieu de ma page.

Samedi 16 juin 2007, 4h34 :
Je change. Je me sens si pleine.
Quand je m’enfonce dans l’herbe tendre, sous tes doigts, quand mes mains arrachent des poignées de terre et que j’en sens les grains charnus, quand je souffle un brin d’air face au ciel arrogant... je vis. Mon regard me porte, ton regard m’emporte. Dans un nid de terre chaude, en toi. Je n’ai pas même l’envie de nommer ce qui m’emplit tant. A quoi bon ? Je vibre, au simple geste du vent qui m’entoure d’un manteau chatouilleux. Je palpite comme folle. Je sens mon cœur sous mon sein endurci. Le vent me déshabille parce qu’il sent, entre mes doigts comme je suis prête. L’oubli de toute prudence : je n’économiserai pas mon souffle. Je veux que tu m’étreignes sous le regard des étoiles sans autre bonheur que celui de laisser l’instant s’étendre infiniment, tant que je boive ton silence, tant que tu caresses ma lumière. Oh ! L’avidité folle des mes espoirs muets ! Et que les branches se mêlent ! Que la source sourde du flanc de la colline ! Que les oiseaux nous assourdissent !
Que mes cheveux verdissent ! Que ma joie demeure...  indicible, invincible. Seule, en moi. Non, pas seule...

Oh ! Mon journal, ami de papier, je m’éloigne de toi... Pardonne-moi... Je m’envole vers le bourdonnement de ma vie, vers des taches de verdure où tu n’es pas. J’ai besoin de toi... encore un instant... et tu me laisseras m’envoler. Vers lui.

Je l’aime. Je ris de son rire, je ris de son miel, je ris de sa douceur, je ris de sa respiration. Je vis de son souffle fou, je vis de sa marche tendre, je vis de sa force fragile, je vis.

Dimanche 17 juin 2007, 2h34 :
Je ferme les yeux à l’écoute de mon sang qui tremble, qui court. Mes seins se tendent. Voyage ému, émotionnel. Mes larmes coulent aux couleurs du bonheur attendu. La sorcière présomptueuse est simplement heureuse ! Mes bouffées s’amplifient. Mon beau soleil ! Magicien de mon envol... dans la conscience sereine de ma plénitude ! Oh, mon papier, laisse-moi coucher comme je suis comblée, enroulée dans ma lune de miel.
La force est en mon ventre. Puissance intestine. Je te sens en moi si fort que je manque d’en défaillir. Ma métamorphose est fantastique. Tu te refugies en mon ventre et y oublies une plume, bavarde, infinie, douce, blanche. Mon cœur chavire. Je sais. Oh ! Je sais comme je deviens femme, comme je me sens belle.

Lundi 18 juin 2007, 23h :
Un choc, chaque fois que tu me frôles. Un choc, chaque fois que tes yeux libèrent la couleur de ciel. Je ne suis pas seule avec mes mots. Je cours vers toi qui m’appelle, vers ta main qui m’attend. Je cours. Je crie ma joie, elle perce le ciel, là où le soleil se répand dans sa toute brutalité.
J’aime quand ton corps me serre parce qu’il ne ment pas. J’aime quand ta chaleur ne se contient pas. J’aime quand la force se niche en ton ventre ; elle creuse, elle contracte. Ma main touche, affolée devant ta certitude.
Oh ! Ton souffle lève la brume, arrache les liserons des mûriers, le lierre qui étrangle. Une tornade rageuse qui lâche la sève qui engrosse les branches, qui éclate les bourgeons !

Mardi 19 juin 2007, 5h45 :
L’aube. La joie de nos corps mêlée à l’herbe crue. Comme mouillée d’étoiles. Une fatigue émue baille. Mon corps porte ta chaleur étourdie. Je défaillis. Mon sang brûle ma peau, menace de couler. Totalement, simplement nue. Mes ailes sous le bras, tes ailes contre moi. Je vis de rêve, de ta présence, de ton absence, de me sentir vivante quand tu me manques. Et le manque devient doux, pas à pas, au rythme de mon ventre. J’y sens l’haleine chaude de ton souffle, la couleur de ta peau. Je te garde en moi seule, blotti, secret. Je te pressens, je te confonds avec la douce palpitation de mon ventre. Tu es en moi ! Je porte au plus profond de mon âme un chant clair comme cette aube, ce matin. Et quand je colle ma bouche à l’air, je le devine s’infiltrer si profond en moi, en nous… Tu as déposé une petite plume… une infime partie de moi, de toi qui manquait tant à ma vie ! Oh ! Je sens en moi une infinie tendresse qui grouille, qui chavire et qui m’étourdit. Dans mon calme immobile, je sens _ aussi fragile qu’une herbe balancée dans le vent _ un léger miracle qui demande le jour. Dans la chaleur de ma nuit, je gémis d’impatience. Pas un seul mot... de trop... Tu as su. Ta paume sur ma plume. Ton regard ébloui. Tes yeux sont immenses. Tu marches sans bruit sur notre bonheur assouvi. Sur la richesse merveilleuse que tu m’as dessinée !
Mon trop cher journal, je t’échappe...


Mercredi 20 juin 2007, 10 h :
Cette nuit, seule dans ma nuit immense, j’ai fermé les yeux. J’ai deviné un minuscule regard qui perce mon intimité, des mouvements enchevêtrés qui tourbillonnent et qui dansent.
La sorcière commence un nouveau voyage, doux comme l’amour, doux comme la plume, doux comme tes ailes.
Une lumière infinie vibre en moi parce qu’elle s’irise de tes couleurs, celles qui savent se mêler aux miennes. J’aime déjà ces rendez-vous nocturnes que je garderai secrets _ pardon mon tendre compagnon de papier_ inscrits au creux de ma chair, ancrés en mes hanches. Je suis autre. Je t’avais prévenu. Les battements de mon sang ne sont de papier, si loin du passé qui me hantait, si loin de la vie qui m’attend. Juste le temps de nous séparer sans un horrible déchirement...
Juste te dire encore l’odeur de l’amour.
Premiers symptômes de ma nouvelle vue : j’entends les fantômes drôles mais je regarde la rue. Je vole les caresses de ces femmes qui s’attendrissent sur leur chair ventrue arrondie, je vole les regards sucrés des petits princes, je vole les rires en cascades des poupées tendres. Je marche au bord des rues, et je vole sur mon chemin. Je m’attable au troquet et je m’installe en haut de notre chêne. Derrière, ma fenêtre, mon rideau s’écarte gentiment, mes cheveux poussent, sans rire grinçant. Humilité merveilleuse, douce-heureuse. Le monde va, il vient. Je me balade, le cœur plein. Et je mange, à pleines dents. Et j’aime ton corps tout autant que tes mots, tes caresses autant que tes moues, ton odeur autant que tes gestes, tes silences autant que nos mystères.
Inondation dépaysée. Je suis saisie par les couleurs qui m’éclaboussent le regard ! Ceux qui s’aiment en couleur, ceux qui s’embrassent profond ne blessent plus ma pudeur congestionnée.
Je veux te répéter comme je t’aime, je veux chanter infiniment ton nom. Je veux dire comme j’aime mon corps déjà élargi. J’écris alors, tout ce que tu entends sans que je ne le crie. Chaque mot court sur ma langue, frisonne ma main, émeut mon estomac. Je me promène, fière du secret qui nous lie, nous. Un secret que je ne peux comprendre, que personne ne comprendra, un secret que mes ancêtres savent et me cachaient. Il me fallait le temps, le temps d’une écriture viscérale... Le temps simple, de regarder simplement les gens simples qui m’entourent. Tous dans une attente étouffante. Je ne suis pas seule. Je suis différente. Pas pire, pas mieux, différente. Ils tuent le temps, entre espoirs et soucis intimes. Entre bonheur et angoisse. La vie a le même goût pour tous, mais la saveur est ma quête. Je comprends qu’il me fallait traverser les impasses, connaître le goût des larmes, la couleur de la blessure, l’odeur du mal pour chercher l’envolée. La vraie. Rien n’altère mon ventre qui me pousse, ma main sur les fleurs, mon nez dans la terre, maintenant que je sais.
La saveur est encore meilleure. L’amour pointe sous mes seins prêts à percer. Sentir ce léger miracle de toi, en moi ! Je suis éblouie ! Juste... Miracle de ma chair et de ton sang ! Je vivais dans l’éblouissement orgueilleux d’un héritage, je vis dans l’éblouissement du jour ! Je vois le visage de mon trésor, si différent et tellement toi, je sens son regard intense si différent et tellement toi, je frôle sa douceur, si différente et tellement moi. Un merveilleux mel’ange de nos âmes.
Un instant…
Chut...
Je ferme les yeux sur mon émotion humide. Je suis riche. Je respire.

Jeudi 21 juin 2007, 19h45 :
Hennissement de la Saint Jean... L’appel roule entre mes dents, à coups de reins.
Je sens sous l’écorce, les frémissements de mon être. Je devine les tremblements, la sève qui bout, mon ventre qui craque. L’odeur familière de ma nuit. Parfums aigus, en éclats, en silence. L’origine.
Sous le bois, le gout d’une fraise et du vin, d’un fruit sauvage.
Je tairai mon sabbat.

Samedi 23 juin 2007, 11h :
Lassitude heureuse.
Je devine... caché dans mon cœur. Je ris et je pleure envahie d’une langueur bienheureuse : un inaltérable fantôme.
Mystère qui me submerge.
La sorcière porte en son sein le trésor du monde, le flot de l’ange.
La plus fine alchimie de la nuit des temps. Le merveilleux partage.
J’ai toujours cherché à emplir des vides écœurants, gouffres, affres ! Sur tes pages, journal !
Et je baigne, là, maintenant, au comble d’un cri_orgasme déchiré. Je baigne dans la sève d’un amour rond, plein. Dans mon lointain intérieur, une délicate fleur d’amour se déploie, rie et chante.
Plusieurs autres vies me semblaient dues ...
Timide, pudique, je suis enceinte. Dans une clameur envolée, je cache mon admirable secret, ce petit supplément d’âme...
Je nous ai installés, toi et moi, dans un théâtre merveilleux, nous. Dans le petit théâtre de notre rencontre, de notre histoire, de nos histoires, sur les planches des pulsions folles et des rêves, entre les fleurs fraiches et les pierres usées. Aucune confusion, nulle persécution, juste le lieu d’une revanche sublimée !
Magie blanche qui ouvre mon corps ! Tapie en moi, ma jouissance féminine hurle, dans un jet ininterrompu, dans un cri de victoire... narcissique...
Je vis la préface de ma vie contée. Il était une fois, une sorcière barbouillée, un ange déchu. Ils s’aimèrent au sommet d’un chêne habité. Sérénité tremblée. Murmures feuillus. Encens érotisés. Roman d’un enchantement enfanté. A l’origine, ma naissance.

Dimanche 24 juin 2007 :
Mon si petit ange, reçois-tu les beautés que je perçois ? Force ton regard au delà de la nuit de sang ! Touche au-delà de ta bulle gorgée, comme la terre est molle, comme l’air est vigueur ! Tu es fils de lumière, entre lune et soleil, entre mystère et révélation. Ecoute les voix, les chants, le commencement !

Lundi 25 juin 2007 :
J’étais seule, trop entourée et seule.
La lumière est ! Dans l’envie de nouer nos mains, coller nos fronts, mêler nos cheveux, percer notre amour féroce et bon.
Seul m’importe cet amour que tu as niché dans mon ventre, la joie qui monte du fond de la terre, le vent qui chante ta présence. La bénédiction du soleil qui fait jouir.
Je cherche mon verbe simple. Je n’ai plus la volonté de vernir mon vocabulaire de poix. Seul, le geste qui me laisse frémir encore quelques lignes... demeure...
Au creux de mon si chaud, flotte mon enfant de la forêt, au cœur de ma chair douce.
Comment pourrais-je peindre le bruit de mon sang ? Comment pourrais-tu sentir le frémissement de mes reins ? Pour quoi ?
Mon corps se fond en mes amours, dans la lumière lavée de ma vie.
Mon âme rejoint en silence en haut du sommet élu, là où les arbres parlent, là où craquent les étoiles, là où mon autre m’appelle. Au pays du silence bon, un silence minéral. L’herbe est grasse et neuve, nous tend ses bras.

C’est ici que le vent a marqué l’herbe tendre, le nid de la sorcière et du mage. Les arbres se mêlaient, le crépuscule glissait mollement dans le val, le vent pesait avec volupté. Le thym crachait sa saveur. Le mage a mordu la vie de la sorcière, sous le vent. Il l’a renversée. Elle l’a bouleversé, la gorge crevée de Bonheur. Ils sont debout et crient : Demain dès l’aube !

Mes seins gonflent parfumés de grand air. Mon ventre se tend, force pure.
Je porte en moi les dernières nuits de printemps !

Mardi 26 juin 2007 :
Pardon journal : au jeu du désir, je tais. Au jeu de l’amour, je tais. Au jeu de la fusion adorable, je déborde encore...
Je ne peux te faire pâlir d’envie au clair de la lune... Devant ma chair bavarde...
Je ferme juste le livre de mes maux. Je renonce à la délectation morose.

J’aime. Chut,

Mercredi 27 juin 2007 :
J’aime cueillir les sons clairs, les gouts purs, courir derrière les fleurs qui s’envolent !
Je lève les yeux, je déglutis, je laisse couler. Que la joie t’emplisse petit ange, un peu moi, un peu toi !

Jeudi 28 juin :
Peaux contre peaux.
Souffles mêlés.
Regards liés.
Vers après vers, un petit poème de la vie !
Des mots pudiques. Des mots simples.
Le plus tendre envol.
Merci.

Vendredi 29 juin :
Le soleil est si proche... Je m’allonge et me baigne. Il entre en moi, perce ma chair rouge, jusque dans le creux de Lumière. Mollement. Intensément. Voluptueusement. Tout en moi se détend, se nourrit, se ressource. Douce langueur.
Mes pensées, même, mollissent. Juste un parfum de bonheur assoupi, menaçant de jaillir. Plaisir latent.

Dimanche 1er juillet :
L’éloquence de ma chair, dans tes bras !
Deux corps se cherchent,
Deux mains se nouent,
Sur la chaleur d’un miracle.
Dans un battement d’amour,
De volupté liée,
Nous vivons et mourons,
Sur mon ventre qui nous assemble.
Soupirs bavards,
Larmes d’amour.
Nous nous aimerons
Et notre enfant brillera.
Notre lumière ancrée en mes reins...
Je sens la caresse de ses yeux
Qui promettent tant.

Mardi 3 juillet :
Je suis entourée de tous ces gens, dans ma bulle de lumière. Ils ne voient pas mon bonheur gracile.
La fraicheur de mon ventre, je la garde pour toi, je la sais venue du vent.
Je chante, je danse, je cours avec mon enfant !
Bonheur voisin de la folie...Qu’il m’emplisse les yeux !
Mon cœur bat si fort, se rappelant la chaleur de ta voix, portant le gout de ta peau... Oh ! Je veux encore plus de ciel bleu, et ton corps allongé prés de moi ! Laisse-moi boire ta lumière, qu’elle berce notre enfant ! Au chaud dans mon âme, à l’abri dans mon intimité... Je suis à l’affût d’une vague de tendresse, d’un petit signe... Ma main colle frénétiquement mon ventre...
Mes paroles coulent et se fondent en moi, pour être plus chaude encore, plus douce encore. Mon ange, mon mage... mon monde s’arrondit.
J’écris encore sur la terre, sur le soir de lumière jaune, de tous les coins de la terre, sur les feuilles de ton chêne, sur les ciels où l’on chante, à la croisée des chemins... J’écris encore entre les lignes de tes mains, sur les courbes de tes reins, pour te dire comme je deviens moi, plus grande, plus forte, plus légère ! Comme je veux tout donner, tout prendre, vers la promesse de nos rêves, vers les plus hauts lendemains. Des histoires de sorcière et de mage sautant pieds et poings liés…

Mercredi 4 juillet :
Bruits du cœur...
Nid de chair, refuge d’âmes.
Berceuse infinie, dialogue ininterromp...

Jeudi 5 juillet :
Je suis en attente, sur un nuage vert. Je flotte dans le berceau du vent. Je touche les étoiles, jusqu'à l’horizon, enivrée de l’air et de l’indissoluble temps... Le temps du bonheur hémorragique, de l’oiseau bleu qui entre en moi !
La fenêtre est ouverte. L’arbre vient toucher mon épaule de ses doigts feuillus, l’air me caresse. Je vis ! Et j’écris encore ?
Ton simple regard me fait éclater le cœur. Ta simple caresse m’éclabousse de lumière. Et j’écris encore ?
Cette manie prétentieuse de ne pas garder le silence s’émiette... parce que je t’installe en mon centre, au cœur de moi, parce que tu es dans ma manière de lier les mots et dans mon silence, parce que tu m’as montré comme l’insaisissable est savoureux. Parce que tu m’as donné ma rondeur blanche et rendu mon souffle juste, mon vrai silence, celui qui ne tait pas, qui ferme les paupières et déguste... Mon amour s’exalte, s’envole et fleurit.

Vendredi 6 juillet :
Noctambule...
La nuit respire l’ombre des étoiles. L’air est lourd, mou, empli de senteurs. Et, je baigne dans une immense bulle de tiédeur. Ma respiration suit, attentive, le rythme de mes pas crissant. La forêt craque en signe d’accueil complice...
Je suis légère dans ce silence mouillé. Je grimpe jusqu’au point qui culmine, retrouver mon essence. Je rajeunis.
Oh ! Mes ancêtres, venez souffler sur mon ventre. Un sentiment vif coule dans mes membres. Je vois mon monde vert mouillé, les mêmes gouttes de rosée coulent dans ma nuque, me font tressaillir. Je m’étire comme les branchages qui s’égouttent. Régénérée...

Septembre 2007 :
Je marche depuis quelques mois, le bonheur gravé sur mes épaules. A chaque pas, il tressaute entre mes reins, il frémit sur mes seins.
Le cœur me vient sur les lèvres, sous mes paupières baissées, au bout de mes doigts !
Nous sommes trois, liés, obstinément liés sous mon ventre tendu tendre-charnu.
Je t’aime. Je vous adore. J’aime t’aimer, aimer en moi, ce miracle de toi. Un ange de miel et de violette.
Oh, merci. Je me sens l’âme à aimer l’infini depuis que je porte la chaleur de ton regard sur mes cils, que je porte le parfum de ta peau au creux de ma nuque, que j’emporte le son de ta voix au plus profond de moi, loin des voix qui bourdonnaient tant.
Je vis un songe fabuleux. Il en est presque douloureux. Douleur devant tant de douceur...
Allez, je tais pour frôler la folie qui mêle nos cœurs. Je me tais, à l’écoute des petits signes intestins-timides, bulles minuscules qui me renversent...

Octobre 2007 :
Mes jours et mes nuits s’égalent... main dans la main....
Je contemple la lune, je contemple le soleil, leurs travaux secrets...
Mon jour ressemble à ma nuit, mère de mes visitations assoupies.

Partout, toujours, je sens nos cœurs battre, surprise de nous savoir en vie-envie !
Si seulement je pouvais écrire sur la peau de mon tambour ventru, comme je nous aime ! Ecrire sur les lignes qui strient ma vie ! Ecrire mes messages urgents !
Mon enfant se gonfle de ma chair et de ton sang. Il prépare, concentré sur sa vie chaude, son cri vierge et sa danse neuve, son besoin vampirique d’amour à la violette.
Je le porte et il me porte. Mon sang, mes hanches, mon âme s’étaient préparés à accueillir la fleur de l’air. Se faire plus tiède, plus doux, pour se faire aimer, se savoir aimée, se laisser toucher, se lier, soupirer...
Je caresse mon bourrelet tendre, à la recherche des poèmes sursautés, la chanson des caresses...
Ma main sur ton front...
Tes mots sur mes paupières baissées...
Tes lèvres sur mon ventre...
Mes lèvres sur ta paume...
Vos doigts mêlés,
Nos regards liés,
Nos battements,
Nos souffles,
Soupirs, soupire,

Novembre 2007 :
Je ne sais plus dire que l’amour... Je t’aime. Des petits mots tout simples qui font vibrer, espérer, respirer... Des petits mots que vous m’avez offert, des petits mots que tu m’as appris à écrire de ma petite plume penchée, avec mon encre qui bouillonne....
Je t’aime monange, monamour, maplume. Je vous aime. Simples mots, légers, ronds et si délicieusement lents.
La vie me saisit par les tripes, une pluie d’étoiles dans l’abdomen, un souffle frais dans la bouche. Je n’écris plus que par vous, dans la lumière de vos yeux, à voix folle et à voix douce. Tes baisers embrassent ma plénitude. Je porte la vie absolue, dans une ruée de rires à rugir, une coulée de lumière qui roule.

Mon évidence grandit en moi. D’autant que je sais être sorcière, que je sais le secret des choses, je sais le mien propre. Je ne me mutilerai plus, j arrête le supplice de l’aiguille et du jeûne ! Au ban mon orgueil ancestral, vers mon avenir de chair ! J’ai craché depuis longtemps sur la croix du diable !

Décembre 2007 :
Illuminations, devant ma toute multiplicité, devant le brassage magistral de mes émotions, devant la foule grouillante de mes fantômes familiers.
Sur le plus haut sommet, à l’ombre de mon chêne, je regarde danser le soleil et je jouis des gestes d’amour qui tendent la peau de mon tambour, des secousses qui me chavirent le cœur. Transmission émue. Rondes simultanées. Ma petite plume sait le soleil, connaît sa danse voluptueuse. Chaque vague est doux miel, chaque ondulation est une poésie pure. Immaculé bonheur. Concentrée sur mon corps agrandi, les jambes repliées sur mon ventre écouté, mon ventre écouté entouré par mes bras émus. A l’affut. Bouge, sens, réponds, petite plume. Comprends, devine, frémis, vis ! Je ne saurais plus voler sans cet accord parfait, sans ce concerto inespéré.
ET... monamour...
Illuminations redoublées, duo familier, devant l’ampleur d’une magie dévoilée, devant tes bras tout ouverts, devant ton regard immense, devant la générosité de tes lèvres, devant ta chaleur débordante.
Oh ! Comme notre petite plume écrit avec un amour déferlant à la douceur de ta voix, aux frôlements légers du bout de tes doigts ! C’est une union vraie, une surprenante communion.
Je me nous hasarde à la croisée des chemins, le ventre arrogant de tendresse, je te sais avec moi, je te précède, tu nous suis, je nous absorbe, tu nous absous. En quête de la plus riche hallucination, la ronde la plus unique. Celles de nos âmes liées, celle de nos tapages mêlés.
Je réchauffe en mon sein.

Janvier 2008 :
Concert
Quand l’émotion point salée,
Quand l’heur entrouvre tes lèvres,
Coule sur ma gorge levée,
Sur mes reins cambrés,
Sous tes mains liées !
Quand l’amour rue violent,
Quand tes doigts chavirent mon corps,
Quand tes yeux  brouillent mon regard,
Sur les lignes de mes mains !
Pleins feux sur un trio silencieux !
Tu chantes dans mon ventre,
Tu caresses dans mon âme,
Tu sais la saveur des ruades.
Quand les cascades tiraillent,
Quand mes seins blancs réclament,
Ta douceur chante le parfum paisible
Parfum qui hante mon bassin
Parfum de miel ambré
Parfum pétillant minuscule
Au pays qui nous assemble !
Je nous aime.



Encore !
ALIENATION JOUIE
Jouissance tremblée.
Ton amour prend chair dans mes entrailles !
Mes reins fléchissent sous le poids d’un amour pi, des pulsations infinies.
Nous, bercé, mêlé, dans un athanor charnel, charme’l...


Magies croisées, imprégnées, enchâssées...

Février 2008 :
Mes entrailles hurlent la vie.
Mes reins débordent d’un flux ému, tendu.
Mes seins se gorgent d’impatience.
Tout en moi, à l’affut, est attente.
Caprice coulant d’amour, croulant de tendresse.
Drôle d’attente : engourdie, pesante, apaisante.
Migration douce vers un mélange des cieux.
Tout en moi revêt la couleur de tes yeux.
Tout en moi cherche la saveur de ta bouche.
Tout en moi quête le refuge de ton épaule,
Ronde, chaude, heureuse et bavarde.
Tout en moi prépare la venue de notre ange.
Mon antre s’arrondit au rythme de tes sourires salés : des plumes s’accrochent aux murs, mollement ; des fleurs s’épanouissent, caprice sur un sol amoureux ; des ailes fleurissent, douce ironie, là-haut, au dessus de nos cils.
Nid d’ange pour trois âmes, trois voix, trois vies.

Mars 2008 :
C’est incroyable comme je sens_ quand je penche mon buste plein sur ma feuille..._ le temps filer...
Les heures ont coulé depuis mon délire en élan.
T’en souviens-tu seulement ? Comme je te parlais ! Comme tu te courbais, tu courbais sous le poids de ma mine, sous le plomb de mes pages _ présomptueuse collection...
Et je te lançais avec l’arrogance qui imbibe l’haleine de la sorcière...
Présomptueux journal!
Les dés sont jetés. Tu es esclave. Tu ne t’appartiens plus !
Il est temps d’insuffler un peu de liberté glaciale à ma main qui palpite. J’entrerai en toi quand les mots seront plus forts. Je te serai inutile. Tu seras le précipice qui s’ouvre sur mes lèvres, quand je vomirais mes entrailles chaotiques et lascives, furieuses et douces-amères. Je serai la seule maitresse de tes lignes jusqu'à ma négligence, jusqu'à l’annonce de ma rupture brutale, tapie au creux de mon ventre.
Rien à ajouter. Tu me subis. Tu acceptes mon indifférence. Je ne gâcherai pas mon délire en élan.
Voilà. Je ne m’éventrerai pas sous tes yeux vampiriques. Je t’ai excité, je t’ai fait miroiter la couleur de la grue. Tu as frôlé le rouge sang. Tu as flirté le traumatisme sanglant. C’était tentant. C’était affriolant. Pourtant, je t’ai dupé avec toute l’énergie manipulatrice qui vibre en moi. J’ai compté les jours, le temps qui file entre mes doigts, en choisissant les mots les plus sales, ceux que je vole aux plus fous, ceux qui émoustillent les plus sages, ceux qui font rire en silence les plus nobles.
Merci !
De laisser se déployer l’excentricité moyenne de mes maux, la vulgarité crue de mon verbe. Liberté !

Chut, un instant,
Chut,
Les yeux muets s’abîment et convulsent,
La gorge pudique se creuse et angoisse,
Le cœur blotti se concentre et plonge :
Ah ! La jouissance savoureuse d’un oubli égoïste !

A l’affût, arrêtée dans ce tréfonds intime,
Je sens soudain l’orgueilleux dos se cambrer.
Je laisse, attentive, ce ventre majestueux se camper.
J’écoute ce brusque sexe se tendre…

Ah ! Mon corps manifeste rageusement !
Mon ventre proteste nerveusement,
Se déchire et s’écoule goulûment…

Tout en moi est râle en puissance !
Contractée, forcenée : plus rien n’a d’importance
Que ce cri, miracle libéré !


Puis, l’envie de le noyer sous les baisers caressés, d’écouter sous mes doigts agités ses fins cheveux grincer, de coller sur son front rescapé mes lèvres apaisées !
Puis, le besoin d’inspirer sa peau rassurée, de palper les odeurs mêlées aux petits doigts collés. Le besoin de voler ces parfums familiers !
 Je sais, je nous sais,

Chut,

"L’encre de la sorcière", Cendrine Druesnes (France)  cendrine-druesnes@orange.fr 

 
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