"L'Objectif", Prévost Isabelle (Canada)
Nouvelle Fantastique
L'Objectif
Elle poussa avec difficulté la grosse porte lourde qui mène tout droit à la cafétéria.
Eva-Elizabeth était infirmière et travaillait de nuit. Légèrement plus payantes que les
routines diurnes, chaque petit extra lui était bien utile MAINTENANT.
- Même chose qu'à l'habitude?
-A bien y réfléchir, non! Donne-moi donc le gros morceau de gâteau forêt-noire qui a l'air de
s'ennuyer juste là. Et avec un grand verre de lait froid aussi.
-Wow, du gâteau pour déjeuner, qu'est ce qu'on fête ce matin? Espérons que ce n'est pas moi qui ait
oublié ton anniversaire?
-Donne-moi pas la frousse. Vieillir une fois par année c'est bien suffisant à mon âge, et j'ai déjà
donnée deux mois passés, tu te rappelles? Non, beaucoup mieux, je fête l'atteinte de mon
OBJECTIF.
-Ton objectif...
-Quoi! Tu ne t'en souviens pas?
-Euh...Oui. Enfin, c'est juste que...
-Que quoi? Tu n'en as pas parlé à quelqu'un? Tu m'avais jurée. Claire! Réponds. Dis-moi que tu ne
m'a pas trahie!
-Oh non! Jamais voyons! Rassure toi ma belle, je suis seulement sous le choc. Ouf! Quelle
nouvelle, j'en reviens pas. Tu n'as pas perdu de temps!
Il me semble que c'était encore hier que tu m'en parlais.
-Parle pour toi. Moi, j'ai la pénible impression qu'il y a un siècle de tout cela. Non mais regarde
moi l'air. Je ressemble à un affreux raton-laveur tant j'ai les cernes incrustés noirs. Crois-moi, je
n'aurais aucun problème à dormir trois jours consécutifs si ce luxe m'était possible.
-Ma vieille, tu as raison. Tu as un teint misérable. Tu devrais faire un peu plus attention à ta santé,
s'il t'en reste encore une? Faudrait surtout pas que tu tombes malade. UNE INFIRMIÈRE EN
PLUS.
ET les deux bonnes amies s'éclatèrent d'un rire franc et sonore.
-Je te dois combien pour ce joli festin?
-Pour le gâteau et le verre de lait, c'est la maison qui te l'offre. Mais pour la séance de thérapie, tu
me la payeras en double jeudi soir prochain.
1
-Entendue!
-N'oublie pas: mais soufflé éléphantesque et ciné...
On entendit une seconde porte lourde se refermer sur la cage d'escalier qui mène tout droit
au vestiaire, cette fois en écho avec la petite voix aigrelette de Claire: bonne chance...
-Bou!
-Tu ne m'a pas fait peur.
-Ah non écrevisse? Pas même une toute petite secousse de rien du tout?
-Maman! Arrête. Tu sais que tu ne réussiras jamais à me faire sursauter. Je savais que tu te tenais
là, derrière mon dos.
-Pourtant, j'aurais crue cette fois-ci la bonne. Tu étais si absorbé par ta lecture. Allez, fait plaisir à
ta maman chérie et dit moi que tu as eu le centième d'un frisson.
-Non, rien du tout.
-Comme tu es dure envers ta pauvre mère. Bientôt, je ressemblerai à une affreuse sorcière toute
plissée, avec de vilains poils sur le bout du nez... Et peut-être même des verrues au menton.
-Non, non , pitié méchante sorcière, ne me faite pas cuire pour votre dîner.
-Si vous ne décoller pas vos fesses de cette chaise immédiatement jeune homme, je vous sers en
entremets à mon chat.
-Ahhh!
-Allez, assez joué. Allons remercier Mme Myrow, on s'en va. Ah oui, avant que j'oublie, il faut la
payer pour aujourd'hui, ainsi que pour vendredi dernier. Tiens, prends ces billets.
-Mais maman... Pourquoi tu lui donnes cet argent? Je n'ai plus besoin d'une baby-sitter
MAINTENANT.
Et Mme Myrow gagne très bien sa vie comme bibliothécaire, tu sais?
-Petit polisson va! Ne sois pas aussi ingrat. Mme Myrow est bien plus qu'une simple bibliothécaire
et tu es le mieux placé pour le savoir. Cette femme n'est rien d'autre qu'une sainte. Elle veille sur
toi comme une chatte veille sur ses petits.
2
Le lendemain matin, dix heures.
-Mamaaan, on sonne à la porte.
-Réponds mon ange, j'arrive dans une minute...
-Oui?
-C'est une lettre recommandée madame. Vous avez besoin de signer au bas, ici.
-Un instant, je vous ouvre.
-Appuyez bien sur le crayon s'il-vous-plaît.
Et voilà, c'est à vous. Merci madame Josefsberg et ayez une bonne journée.
-Vous pareillement monsieur.
L'infirmière déchira l'épaisse enveloppe brune, avec un empressement démesuré, le coeur
battant.
Sa main tremblotante d'excitation, en ressortie une feuille blanche immaculée.
Pas un seul mot ne figurait sur le papier.
L'infirmière remit le précieux document entre les mains de son fils.
D'un air amusé, le jeune garçon plaça la feuille vierge de tout encre à la lumière du jour; juste audessus
du puissant rayon de soleil qui venait transpercer malgré tout, l'un des carreaux poussiéreux
des vitraux dominant la salle de séjour.
A voix HAUTE, d'un ton sur de LUI, il lut:
3
18 octobre 2028
Madame Goldstein Josefsberg,
C'est avec plaisir, que nous vous annonçons aujourd'hui, la
bonne nouvelle: votre DON de vingt-cinq mille dollars, a été accepté. De ce fait, l'inscription de
votre fils, ZENDER EMMANUEL JOSEFSBERG, aux tests d'aptitudes pour une éventuelle entrée
en classe à Notre École Supérieure De Voyance Et De Mentalisme De La Californie est maintenant
scellée officielle.
Veuillez vous présenter en personne, vous et votre fils Zender, au secrétariat de notre
établissement du Chemin Deroy (local 111) le mardi 24 0ctobre 2028, à 8h30 A.M.
P.S. Un petit-déjeuner vous sera servi sur place.
Bien à vous,
le directeur
Dr. Robby Emmanuel Miller
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"L'Objectif", Prévost Isabelle (Canada) patchoulirouge@hotmail.com |