"1, 2, 3, Sommeil", Larsen Ryan (France)
1, 2, 3, Sommeil
LARSEN RYAN
Lyan
12 Septembre 2007
L'idée germa ...
L'orage grondait déjà depuis un certain temps. Etant en position horizontale, je n'avais notion de celui-ci. Je repérais juste entre les lames du volet l'intensité plus ou moins prononcée des éclairs… Des bleus, des rouges, des verts… Ou était-ce simplement mes yeux qui me jouaient des tours à me faire un remake des feux du quatorze juillet dernier ? Ils devaient ne pas tomber très loin les bougres, sur un des paratonnerres municipaux ou tout simplement sur la grande tour métallique là bas, plus bas, sur ce lieu de débauche, de festoiement et d'esclavage des temps modernes.
Sans doute, le bruit prononcé du roulement du tonnerre qui faisait frémir toute mon anatomie, me fit partir dans un univers plus qu'incertain.
Ryan
Le bruit de l'orage ? Tu vas me faire croire ça ? Et moi je suis quoi alors dans ton monde des mille merveilles ? Une locomotive à charbon de l'ancien temps qui tousse plus qu'elle n'avance ! Tu t'es simplement endormi si facilement que tu n'as même pas pris le temps de te déshabiller, et tu as ronflé, raillé, pesté à en réveiller tout le quartier ! Et maintenant, tu vas nous faire croire que c'est l'orage qui t'assourdi ? Il serait peut-être temps de faire ramoner le conduit, avec le nombre de tubes au tabac que tu t'envois à la journée, la suie a dû commencer son travail, ce qui expliquerait sans doute les différents bruits que tu arrives à faire avec simplement deux sens et un organe.
Lyan
Je savais que je n'aurais pas du reprendre un des ces cocktails. Ce mélange sucré verdâtre qui vous donne soif, autant que deux heures passées dans le désert, et là, croyant enfin trouver une oasis, la meilleure chose que vous trouvez à faire, c'est d'en reprendre un. J'avais largement atteint le seuil où le bourdonnement dans la tête vous dit d'arrêter sur le champ, que vous allez l'entendre bientôt encore plus fort, mais aussi qu'il restera juste pour vous jusqu'au lendemain matin. Mais ma volonté, contre celle d'un assoiffé, se résume à celle d'un enfant, poussé par sa mère dans le caddie d'un supermarché, quand il aperçoit le dernier jouet à la mode totalement débile et sans intérêt une fois l'achat fait. Je me retrouvai donc là, honteux d'avoir voulu ce jouet de trop, avec mon bourdonnement, mon orage, et cette fois en plus, une voix qui me joue des tours.
Ryan
Une voix qui te joue des tours ? Eh bien, voilà qu'après avoir identifié son ronflement à du tonnerre, vise donc l'ego ! Le voilà qui m'identifie à la petite voix que certains appellent conscience. Je rêve éveillé !
Je le vis bondir, tel un lion dont on aurait ouvert la cage, en dehors de la chambre. S'en suivi un bruit de porte, un bruit de rotule rencontrant un mur, un bruit traduit en râle d'un bruit de rotule rencontrant un mur, une cuvette, une pirouette, un bruit dont je ne connais pas d'équivalent dans le dictionnaire, puis celui d'une invention qui merci de nos jours existe, enfin pas pour tout le monde vu l'étendue des dégâts que l'on peut y voir des fois, la chasse d'eau ! Il revint penaud, un verre d'eau à la main, qu'il ingurgita d'une traite, sans doute pour enlever le goût amer qu'il avait cette fois en bouche, puis retomba sur le lit, les bras en croix, tel un martyre. Mais martyre n'est pas le mot adéquat quand les souffrances sont faites sur soi-même en totale connaissance de cause.
Lyan
Faites que je prenne cette soirée en exemple, et que Dieu, si celui-ci existe, me soit témoin.
- D'accord ! dit une voix familière.
Je me redressai d'un bon dans mon lit, croyant pour de bon au Saint Père. J'ai dû faire une chute ou quelque chose du genre dont je ne me rappelle pas, et me voici au paradis dans l'attente d'être jugé.
Réflexion faite et esprit (torturé) repris, je regardai vers ma droite où trônait mon fauteuil rempli de linge propre, attendant le sort plus qu'ennuyeux d'être repassé. A ma gauche, la fenêtre entrouverte sur les volets qui l'étaient également, était là, stoïque depuis une trentaine d'années. Mon armoire, montée par mes soins pendant six heures, à deux reprises. Non comme l'indiquait fièrement la notice qui l'accompagnait, débutant une heure trente. Comme toute notice qui se respecte, elles ne prennent jamais en compte le temps de déchiffrage de celles-ci, ainsi que dans le cas présent le temps de collage du miroir sur la porte principale ainsi que de monter puis démonter celle-ci, car coller un miroir de cinq kilos à bouts de bras et de force à un mètre du sol, à part être un surhomme, ce qui confirmerait que je suis là haut, je ne vois pas comment faire. Laïus passé sur un évènement plus que marquant dans la vie et la fierté d'un homme, je peux continuer mon inventaire. A l'angle opposé du fauteuil se trouvait, cette fois, un monticule encore inexploré par l'autre habitant de cette case de béton, mon chat, un monticule de saleté. J'étais le point culminant entre ces deux zones, le sale et le propre, que je pourrais tout à fait identifier comme le mal et le bien. Cette fois-ci c'est sûr, je suis parti en orbite sur un autre système… Quoique les étoiles attachées à mon plafond, ainsi que les petits moutons phosphorescents, ressemblent terriblement à ceux que j'ai acheté il y a peu, pour combattre ma peur du noir. Nobody's perfect !
Je suis sûr cette fois en tout cas d’où je suis, ça ne fait aucun doute. Je suis au purgatoire dans l'attente d'être jugé. Seuls les décorateurs du Tout-puissant, sans aucun doute c'est bien lui, auraient de tels pouvoirs pour reconstituer à l'identique, l'unique. Tout est parfaitement comme dans mon univers pour me permettre d'attendre ma sentence avec un sursis familier.
Ryan
C'est définitif et irrévocable, tu es fou, je te le confirme. Comment un esprit si vif et imaginatif peut, à ce point, s'inventer des histoires pareilles. Il faudrait arrêter de gober et de prendre pour instructions les films de science ou de simple fiction que tu ingurgites à la pelle chaque jour. Je sais que tu n'aimais pas l'école mais pourquoi n'as-tu jamais écouté tes professeurs qui te conseillaient des films ou des livres plus terre-à-terre, certes, mais au moins qui t'auraient montré la vie telle qu'elle est.
Lyan
Je ne rêvais plus. Le cocon de coton qui enveloppait ma tête commençait à s'estomper progressivement. La voix qui me sermonnait était toute proche, je pouvais presque deviner son souffle contre mon visage. C'était lui, lui qui me fixait maintenant.
Mon reflet dans le miroir.
Je m'imagine fou, je m'imagine mort, je peux m'imaginer de toutes formes mais dis-moi qu'indépendamment de ma volonté, tu as parlé ?
Aucune réaction ne vint modifier mon reflet fixe et stoïque, qui continuait à me toiser derrière sa prison de verre.
Je sais très bien que ... comme tu viens de le dire, j'ai une imagination débordante, je crois à tout et à n'importe quoi, mais je sais que ça, je ne l'imagine pas, je suis sûr de ce que je viens d'entendre. Je l'ai peut-être toujours fantasmé d'avoir un frère jumeau et de pouvoir me permettre tout ce qui va avec, mais mon fantasme est là, bien réel, enfin même si réel n'a jamais été aussi proche de la réalité.
Arrête de boire, ça vaudrait mieux ! me répondit-il.
Qu'est-ce que cela, je n'y crois pas, je ne savais pas qu'une aussi petite quantité d'alcool dans le corps humain pouvait à ce point provoquer de telles visions.
Je te rassure, je suis loin d'être une vision, enfin si, à la place que tu occupes. Je ne suis que ton reflet, donc tu peux le voir comme cela, mais de mon coté, je ne le vois, ou plutôt devrais-je dire, je ne l'entends pas de la sorte.
Je suis fou à lier, me voici dans le remake de la suite du célèbre Lewis Carrol cette fois ? Ce qu'Alice trouva de l'autre côté du miroir ? Il faut que je m'attende à voir débouler un lapin rose, une chenille fumante et voilà que je me mets à parler tout seul à haute voix maintenant.
Je te rappelle que tu n'es pas tout seul et que jusqu'à preuve du contraire, on ne va pas voir de lapin rose ou autres créatures débouler de sitôt. Tu n'es pas fou, à vrai dire, je ne sais pas comment te le justifier de suite car moi aussi, je suis là et je reste coa. Mais en tout cas, je suis bien là, enfin à moitié là puisque je n'ai pas de forme tactile et que je ne suis qu'une partie de toi.
Mais qui es-tu alors ?
Ca ne se voit pas ? Je suis un hippopotame en tutu rose, déguisé en toi.
Très drôle ! dit-il en se levant et en quittant la pièce.
Non reviens, je plaisantais, mais vu la situation actuelle, l'humour a un peu sa place.
L'humour ? Situation actuelle ? dit-il en rentrant dans la pièce, une cigarette à la bouche. Je ne crois pas que la situation actuelle le permette. Je suis en train de discuter avec le miroir de ma chambre, comment pourrait-on juger cette situation de l'extérieur ? Je ne suis pas fou, je suis quelqu'un de bien sous tout rapport habituellement, sain de corps et d'esprit, pourquoi moi ?
Tu devrais sans doute t'estimer heureux.
M'estimer heureux ? Je ne vois pas la gaieté que l'on peut avoir en ayant des hallucinations de telles sortes, dit-il en tirant une longue bouffée dans sa cigarette et puis en l'écrasant parmi ses copines qui étaient déjà dans le cendrier de la table de nuit.
Pour la dernière fois, je ne suis pas une hallucination, et si tu arrêtais un peu de te braquer, je pourrais sans doute t'expliquer.
M'expliquer quoi ? Que je suis bon pour l'asile du haut de mes vingt trois ans ?! Essaye toujours.
Au lieu de toujours te plaindre depuis vingt trois ans justement, et de toujours t'estimer insatisfait, tu devrais plus souvent regarder ta vie en face et te dire qu'elle n'est pas si moche en fin de compte. La raison pour laquelle je suis arrivé là, je te l'avoue, je n'en ai pas la moindre idée, mais en tout cas ce que je fais là, je sais ce que ça peut impliquer. Des gens, leur vie entière, ont pour quête celle de soi, de trouver son moi intérieur. Ils mettent tout en oeuvre, jusqu'à monter en haut du Tibet pour finir par manger du riz et se geler les parties intimes. Tu as cette chance, je suis toi, une partie de toi, une partie souvent inexplorée que peu de gens ont la chance de voir dans leur existence. Et me voilà là, à me tenir devant toi et à pouvoir te parler, que demander de mieux ?
Un sachet de thé et un seau de pop corn, ton film a l'air d'être extra.
Ryan
Je me retournai violement et attrapai la première chose qui sauta dans ma main. Je propulsai de toutes mes forces l'oreiller de plumes en direction de mon double. Telle une étoile filante suivi de sa traînée de poudre, l'oreiller effectua un arc de cercle parfait, suivi par une nuée de plumes blanches, et stoppa net sa course dans une barrière invisible matérialisée par le miroir.
- Tu comptais m'atteindre avec cela sans doute, s'insurgea Lyan.
- Sans doute oui, mais vu que cela semble impossible, c'est à mon tour de sombrer dans la folie pure. Après tout je ne suis jamais libre de faire mes propres choix, là j'ai la chance de pouvoir le faire et de plus, mon hôte se fiche éperdument de ce que je suis, alors ...
Lyan
Je le vis se lever et commencer une danse rythmée de petits sauts sur les ressorts du lit. Il prit dans sa main droite un premier oreiller et dans la gauche un second et se mit à tourner puis tourner encore, déversant par geyser des volutes de plumes. On aurait dit que je venais d'hériter d'une boule à neige à mon effigie. Foudroyé par un éclair dans mes yeux et par une douleur dans le torse, je tombai sur le coté du lit, inanimé.
Je flottais dans du coton à nouveau. J'essayai d'entrouvrir les yeux, mais cette tâche me sembla un fardeau et ma vision resta noire. J'entendis un brouhaha, puis un tintement, puis plus rien du tout. J'essayai de nouveau, dans un effort surhumain, d'ouvrir le sas droit mais sans grand succès. A la place d'un grand vide noir, je vis un grand vide blanc. Ce qui me conforta sans doute dans l'idée du coton et je m'inclinai tout doucement sur le coté.
- Tu m'entends ? , résonna une voix dans ma tête.
J'entrouvris les yeux cette fois plus facilement, un à un, tel un nouveau né qui voit clair pour la première fois.
- Excuse moi, entendis-je cette fois.
Je me relevai, une migraine atroce me fendit le crâne en deux. Mais il se tenait là, assis en tailleur face à moi, une triste mine.
Désolé, je ne voulais pas te faire perdre conscience.
Je n'ai donc pas rêvé alors.
Non, je ne suis malheureusement pas un rêve, ou un cauchemar si tu préfères, mais apparemment, mes excès provoquent de drôles de choses en toi.
Tu devrais sans doute recommencer, je n'ai jamais été aussi bien qu'à cet instant. J'ai cette fois la partie gauche de mon cerveau vide, inerte, inutile comme d'habitude et dans la droite, un marteau-piqueur, une pelleteuse, une bétonnière, en somme un chantier complet.
Je ne voulais pas, je t'assure, mais j'ai eu une monté de vinaigre due à ta non écoute qui m'a fait perdre le tête, ou tout du moins le lieu qui me dirige moi. Mais en tout cas, j'espère que cette fois, tu l'as ressenti comme moi, que nous sommes intimement liés indépendamment de notre volonté.
Qu'importe ce qui nous arrive à cet instant, je ne sais pas comment cela a pu être provoqué cette fois, pourquoi et surtout comment l'arrêter. Je n'ai jamais entendu de cas similaire et je me vois mal en parler à la voisine. Quoique cela dépend de l'heure à laquelle je tenterais de communiquer. Si je tombe sur la bonne heure, où la dose d'alcool est assez importante, elle fera sans doute mine de me croire, encore mieux, elle me dira que ça lui est déjà arrivé.
C'est déjà arrivé une fois.
Qu'est-ce que tu dis ?
Je te dis que cela s'est déjà passé une fois, certes d'une autre manière que celle-ci, mais je suis déjà intervenu dans ta vie.
A quel moment, quand est-ce que cela s'est déjà passé ?
Je ne sais pas si cela est très important.
Non, c'est vrai que ce qui nous arrive se passe tous les jours et que des tonnes de romans relatent ce fait et qu'aucun petit indice ne peut nous aider.
Ca s'est passé il y a quelques années. Cela faisait un an que tu avais perdu ta grand-mère, enfin la nôtre, mais j'insiste, nous sommes devant une énigme, je ne préfère pas en éveiller une autre.
Non, c'est sûr, tu as raison, tu as peut-être la clé entre tes mains, enfin les miennes, enfin peu importe et tu ne veux pas m'en parler, tu as bien raison.
Je ne sais pas si tu es prêt à entendre ce que je peux te dire.
Tu sais, je n'étais déjà pas prêt à me parler à moi-même au jour d'aujourd'hui, à voir mon reflet me parler alors, que cette fois il se mette à me raconter des histoires farfelues, je ne suis pas à ça près.
Les esprits des défunts sont parmi nous.
Mouarf, ne manquait plus que cela cette fois.
Tu vois, je ne voulais pas te le dire, j'aurais mieux fait.
Non, non excuse-moi, mais à vrai dire, j'ai déjà perdu plus que pied, je ne sais plus où on va, d'où je viens. Alors soit, raconte-moi cette première fois.
Cela s'est passé peu de temps après la mort de ta grand-mère.
Tu vas me dire que tu étais déjà présent à cette époque ?
Je me tue à te dire depuis le début que je suis toi, plus indépendant et extraverti que d'habitude, mais je fais partie de toi depuis le début, j'ai toujours été là. J'étais là cette soirée d'octobre deux mille trois. Le soir où avec tes amis, tu n'avais pas trouvé mieux que par amusement ou ennui, je ne sais pas ce que vous vous étiez mis en tête, de communiquer avec les esprits et plus précisément pour toi, avec l'esprit de ta grand-mère.
Déjà que l'on plane en plein Darwin, tu vas me parler d’une chose à laquelle je ne crois pas, et même si j'y croyais, toi, que viens-tu faire là-dedans ?
C'est ce que j'essaye de te dire, mais ton esprit et ton être ne sont pas réceptifs à ces choses-là.
Essaye toujours.
Mais ce que je pourrais te dire pourrais modifier ta façon d'être, ta façon de voir le monde et ...
Tu sais, après mon entrevue de moi à moi, je pense que dans tous les cas, je ne vais plus voir les choses pareilles, ce fait est certain !
De notre côté, enfin du subconscient des personnes, on peut voir les âmes des défunts. Ils nous arrivent même de pouvoir communiquer avec eux.
Ce n'est pas possible ?
Eh bien si pourtant.
C'est pour cela que tant de gens certifient avoir vu leur mari, leur enfant, leur avoir parlé ?
C'est bien ça oui, c'est nous qui captons les omniprésences et du mieux que nous le pouvons, nous vous les transmettons.
Mais quel est le rapport avec moi, enfin toi ?
Ce soir-là, une de tes amies avait commencé d'entamer un dialogue avec une entité loin d'être commode.
Tu vas me dire que les histoires de fantômes existent et que l'on était à la limite de faire apparaître un génie d'une lampe ?
Ne me coupe pas la parole ! J'essaye juste de t'expliquer ce dont je me rappelle pour essayer de nous aider. Ce soir-là, vous étiez bien entrés en contact avec des défunts. Ce soir-là, je t'avais senti plus que sensible et désemparé avec cette séance de communication avec l'au-delà, tu n'arrêtais pas de revoir en boucle la vision que tu avais de la descente du cercueil de ta grand-mère à côté de celui de ton grand-père dans le caveau familial. C'est pour cela que ce soir-là, quand tu as pris ce crayon dans ta main, c'est moi qui ai rassemblé le peu de force mentale que tu m'octrois pour guider tes doigts, pour que le tracé que tu vois te rassure, et que tu ne restes pas là avec l'entité qui était présente et malfaisante, pour éviter qu’elle ne te réponde à ce moment-là.
Je ne sais plus du tout quoi penser, tout devient flou.
Je te l'avais dis que tu n'étais pas prêt à entendre cela, déjà que la situation que nous vivons n'est pas des plus simples...
Si, si, ce n'est pas cela qui me déstabilise, j'ai toujours inconsciemment su que nous pouvions tisser des liens l’un avec l'autre, avec les autres. Mais c'est le fait que tu puisses communiquer avec les morts qui me déstabilise.
Non, je t'ai dis que cela était rare et que je ne t'ai pas dit cela pour ça.
Mais, pourquoi alors m'aurais-tu dis cela ?
Pour te faire ouvrir les yeux, pour t'amener la preuve que je suis là, à tous les instants de ta vie. J'étais là le jour où tu as poussé ton premier cri, après que la sage-femme t'ait enlevé le cordon autour du cou, ce qui a failli te tuer à petit feu avant ta naissance. J'étais là, le jour où pour la première fois, honteux tu as taché tes draps. J'étais là au premier baiser que tu as échangé à l'arrière du bus qui te ramenait de l'école. Cette autre fois où pour la première fois, tu as vu dans les yeux d'une autre la sensation d'aimer.
Mais comment cela peut être possible ?
Je ne sais pas, mais en tout cas, je sais et je me rappelle. Tout peut être possible. La preuve, la discussion avec toi a pu s'installer, toi qui es entre la vie et la mort.
Pardon ?
De quoi ?
Je suis entre la vie et la mort ?
Comment veux-tu que l'on puisse se parler sinon ? Je t'ai dis que je pouvais seulement influencer ton jugement ou tes rêves, mais je n'ai jamais pu provoquer un brin de causette avec toi.
Cela ne veut pas dire forcément que ...
Bien sûr que si. Je viens de te le dire, le seul moment où nous pouvons parler aux autres et aux êtres par la même occasion, c'est quand ils sont morts ou qu'ils en en sont proches.
Mais je ne suis pas proche de la mort, je n'ai que 23 ans, j'ai toute la vie devant moi.
Il faut peut-être que je te révèle alors le dernier souvenir dont je me souviens avant d'être arrivé devant toi.
Quel souvenir ?
Celui du jour où tu t'es fait renverser par un fou, alcoolique.
Ah !
De quoi ?
Je t'arrête tout de suite. Merci de m'avoir fait une pseudo analyse et d’avoir retracé ma petite existence mais en aucun cas je n'ai eu d'accident de la sorte. Le seul accident que j'ai eu avec une auto, c'était lors d'une soirée folle dans les rues de Lyon. Et aux diables les mauvais souvenirs, je leur fais la nique.
Ola ! Je ne parle pas du tout de cet été là qui date de quatre ans en arrière au moins mais de celui de cet été-là. Cette soirée, une nouvelle fois encore plus arrosée, où précipitamment, tu es descendu de la voiture pour ressortir le trop plein, et plus encore, de la soirée. Ce soir où ton propre ami qui avait autant bu que toi, et qui a voulu assouvir rapidement une envie de nicotine, s’est penché sur l'allume-cigare et t'as fait valser dans le décor à plus de trois mètres de là.
Lyan
Je perdis une nouvelle fois connaissance. Juste le temps pour moi de laisser sortir un geyser qui venait sans doute du plus profond de mes entrailles et de basculer à nouveau dans mon champ de coton. J'avais sans doute du emmener des bouteilles d'oxygène avec moi, car je pu facilement ouvrir les yeux cette fois. Mais malheureusement sans grand succès. Toujours du blanc, un blanc immaculé de droite à gauche et de bas en haut. Ah non ! Une nouveauté venait d'arriver dans mon petit paradis à moi. Une tâche noire dans mon angle de vue en haut à gauche apparut et disparut aussitôt. Le phénomène se répéta trois fois, puis plus rien.
Bizarre cette tâche, m'interrompit Ryan dans mon rêve éveillé.
Désolé, j'ai du avoir à nouveau une absence, je ne sais plus ce que tu me disais.
Rien, juste que cette tâche noire était bizarre.
Quelle tâche noire?
Eh bien celle que nous venons de voir dans le coton.
Me voilà de nouveau dans ma chambre et te voilà à nouveau en face de moi.
Euh oui. On n’a pas bougé depuis un certain temps maintenant. Tu es sûr que tu te sens bien ?
A part cette migraine omniprésente, je crois que ça va, à part ma mémoire qui me joue des tours.
Je suis ta mémoire. Ne l'oublie pas.
Alors à part ce flou artistique et cette tâche noire, de quoi me parlais-tu ?
Une tâche noire ? Non. J'étais en train de te décrire dans les moindres détails ton accident pour essayer de te remettre les idées en place.
C'est ça ! Et moi je te disais que je n'avais jamais vécu quelque chose de semblable.
Ce n'est pas possible d'avoir une mémoire aussi sélective !
Je n'ai pas une mémoire sélective, j'ai une mémoire tout court. Je me souviens très bien des évènements que tu m'as décris avant, sans pour autant les avoir ressentis comme toi, mais surtout, je ne les ai pas vécus dans le même ordre que toi. Et là, tu es en train de me raconter quelque chose dont je ne me souviens absolument pas.
Et toi tu t'accroches bien à une tâche noire et pourtant elle n'existe pas.
Et qui te dis que nous sommes restés dans cette pièce tout le temps ?
Je me tue à te le dire ! Nous n'avons pas bougé sauf peut-être toi durant tes deux malaises où tu es parti au pays des autres ou des êtres, moi je suis resté à te ... Euh, à te ...
Regarder peut-être ?
Euh oui ! Enfin non ! Je n'ai pas le souvenir de te voir inerte.
Mais par contre, tu te rappelles très bien de ma vraie vie, où tu n'y es pas pourtant. Quel lien devons-nous tisser alors ?
C'est un dédale qui s'ouvre à nous et j'ai peur de m'y perdre.
Et moi j'ai peur de comprendre. Quand tu as pu intervenir la première fois sur ma personne, c'était lors de la séance de spiritisme ?
Oui c'est bien ça. Jusque là, je te suis.
La deuxième fois maintenant, où cette fois-ci tu t'es matérialisé approximativement est due à un accident, enfin d’après ce que toi tu te rappelles.
Mais comment est-ce que tu expliquerais que cette fois, on se tient face à face.
Tu vis avec moi au quotidien puisque que tu es moi, tu vis ce que moi je vis et tu es avec moi à chaque émotion, à chaque mal, à chaque battement de cils. Tu es ma conscience, caché dans mon subconscient.
Je n'arrive pas... Je reste coa...
Il arrive dans la vie qu'une petite voix nous parle ou il arrive que l'on ait des pressentiments, l'impression que l'on a déjà vécu la scène ou l'impression d'être regardé, de ne pas être seul dans la pièce. C'est donc cela. Tout pourrait s'expliquer.
Cela ne me dit pas pourquoi nous sommes là, à nous demander pourquoi !
Si ! Tout s'explique. La première fois que tu t'es manifesté et que tu te rappelles avoir influé sur ma vie, l'instant était propice, l'atmosphère était paranormale.
Oui mais là, rien de paranormal n’a été créé.
Plus que tu ne le crois. Je n'étais pas si fou de croire en la folie de cette scène. Je ne suis pas là à cet instant. Je vis un dédoublement de personne. Je suis actuellement là, à te parler, à me parler, et je suis également allongé sur un lit d'hôpital, ce qui expliquerait le grand flou que je n'arrête pas de voir dans mes absences.
Cela n'est pas possible, cela voudrait dire que je n'existe pas réellement et pourtant, je suis là.
Mais tu ne te rappelles pas de tout.
Non ça, c'est apparemment ton problème, le trouble de la mémoire instantanée.
Non, je suis en train de la retrouver ma mémoire. C'est cette petite tâche noire qui m'a fait avoir le déclic. Celui qui me réconforte et qui me dit que je ne suis pas fou. Celui qui me tient rattaché à ma réalité, à la vie. Celui où ...
Je n'existe pas.
Lyan
Mes yeux se révulsèrent une nouvelle fois, mais au lieu de tomber cette fois dans ma guimauve à la vanille, c’est une immense douleur dans le bras droit qui me fit sortir de moi. Une voix l'accompagnait. Une voix venant d'une tâche rose, sans doute de la guimauve à la fraise cette fois, mais toute enveloppée de blanc. J'essayai d'enclencher, tel le zoom d'un appareil photo, mes yeux sur cette nouveauté, mais sans succès. La luminosité était trop forte. Une deuxième décharge électrique emplit entièrement mon bras cette fois, montant jusque dans ma nuque. J'enclenchai cette fois le zoom numérique, ainsi que le trépied et me retrouvai face à face avec une jeune personne, habillée tout en blanc, une infirmière. Sans doute n'avait-t-elle jamais vu d'être humain, elle fit une moue effroyable et partit en courant. Il me fallut quelques minutes pour reprendre mes esprits et faire le tour du propriétaire. J'avais vu juste, je me trouvais bien dans une chambre d'hôpital, d'une couleur uniforme. Des draps au mur, tout était couvert d'un blanc immaculé. A ma droite se trouvait une petite table de nuit où trônait un restant de tulipes. On pouvait encore deviner leur couleur jaune malgré la position fanée qu'elles avaient adopté depuis sans doute un certain temps. Un livre était posé sur la tranche blanche où j'arrivais à lire le titre rougeâtre en caractère gras. Une vie boulverséé d' Etty Hillesum. Le livre témoignait de la présence récente de quelqu'un à mon chevet. Il était accompagné d'une barre format familial de Toblerone, ce qui indiquait que cette personne devait vraiment être à un stade avancé de déprime pour lire un livre de ce genre, accompagné d'une maxi dose de chocolat.
Je n'eu pas le temps de finir mon inventaire que la porte blanche qui se trouvait à ma gauche s'ouvrit très rapidement et je vis un homme d’une forte carrure, habillé de blanc, suivi de deux demoiselles et d’un jeune homme.
Vous voyez, il est de retour parmi nous, hurla quasiment la première infirmière, celle qui m'avait ramené juste avant.
Vous avez raison Amélie, et il a l'air bien là cette fois, et non entre deux mondes.
Euh… C'est de moi que vous parlez ?
Non du tout, je parle de l'hurluberlu qui nous racontait des fois des histoires drôles, des fois des histoires de mort, répondit le médecin.
Très drôle. Je sors d'un tête-à-tête avec ma conscience et voilà que vous, vous me dites que j'étais là, à vous raconter des histoires.
Il n’est donc pas entièrement là ! Faites-lui un examen complet du cerveau pour savoir où il en est.
En est de quoi ?
Monsieur, vous venez de passer plusieurs mois à nous racontez toute votre vie depuis votre plus jeune enfance jusqu'au terrible accident qui vous a amené ici. Et vous voilà de nouveau devant nous à parler à peu près normalement, avec les yeux grands ouverts cette fois. J'exige donc de savoir où en est votre cerveau pour savoir si c'est une fausse joie, cette fois, ou non.
C'est donc bien cela. Je n'étais pas fou. Quand est-ce que j'ai eu cet accident ?
Le 12 septembre, Monsieur.
Et nous sommes ?
Le 24, commença à dire l'infirmière.
12 jours alors, la coupai-je.
Le 24 mars Monsieur, termina-t-elle.
Cela fait donc 6 mois que je suis ici ? Que je suis inconscient !
Pas totalement Monsieur, reprit le médecin. Comme je vous l'ai dit, vous étiez parfois inconsciemment conscient. Votre corps restait totalement inerte et ne répondait à aucun appel de notre part, seule votre bouche semblait fonctionner et nous débitait des flots de paroles à la minute. C'est pour cela que vous allez partir de suite en salle d'examens. Votre coma prolongé de 6 mois peut provoquer des séquelles ou des phénomènes inexpliqués jusque là.
Lyan
S'en suivit un examen complet de mon anatomie. Radios, scanners, prise de sang, prise de tension, je m'assoupis d'ailleurs pendant celle-ci. Mon hibernation de 6 mois m'avait fatigué, un comble ! Je me réveillai un instant plus tard me semblait-il, mais ma sieste avait du durer plus que je l'imaginais car j'étais de retour dans ma chambre, branché par mon bras gauche à un liquide transparent et mon bras droit lui était branché à une machine qui émettait des petits bips espacés. Je n'eu pas le temps de terminer mon inventaire que mes paupières me rappelaient déjà à l'ordre et commencèrent à se baisser lourdement. Je ne pus aller contre leur volonté et repartis au pays de Morphée.
Je rouvris les yeux et me retrouvai cette fois dans une pièce très sombre, face à un miroir en pied.
Te voilà enfin, tu es de retour, m'interpella mon reflet. Tu es parti si longtemps.
Lyan ? Tu m'entends ?
Je perdis pied, semblant tomber dans un puit sans fond, mais j'avais en même temps la sensation forte d'être compressé.
Tu m'entends ? entendis-je à nouveau.
Oui, oui, haletai-je en ouvrant les yeux.
Sarah me serrait dans ses bras, la larme à l'oeil.
Tu es bien de retour parmi nous, c'est un miracle. Je n'en croyais pas mes oreilles quand l'hôpital m'a appelé.
Je ... Je ne…
Ne dis rien, ne te fatigue pas, je n'en reviens pas, tu es bien là, le jour de ton anniversaire en plus, c'est un signe, c'est un miracle. J'aurais tellement aimé être là quand tu es revenu, j'ai passé les trois premiers mois à ton chevet mais les forces de la vie, comme le travail, te rappellent vite à l'ordre.
C'est donc toi ce livre et ce chocolat, ça ne fait aucun doute.
Les journées étaient longues sans toi, enfin cela dépend des jours, ceux où tu étais inerte, et ceux où tu parlais et parlais encore, dans un monologue interminable.
C'est donc vrai ?
Oh que oui ! Et heureusement que je te connais depuis longtemps et que je connais ta vie depuis car sinon, certains de tes dires m'auraient terriblement gênée.
Du genre ?
Je ne sais pas moi, comment est-ce que tu as repeins les toilettes lors de ta dernière cuite, le pyjama violet à petites étoiles pour ton Noël à 7 ans, la taille de ton sexe peut-être…
C'est bon, tu peux arrêter là, je te crois. Le médecin m'a déjà un peu expliqué mes agissements. Mais je n'arrive même pas à me rappeler comment je suis arrivé là, il le savait pourtant, c'est sans doute ça qui m'a fait revenir mais...
Qui ça, Il ?
Moi, mon moi. Je ne faisais pas un monologue lorsque je vous ...
Attends un peu, une seule information capitale par jour. Cela fait 6 mois que tu es là sur un lit d'hôpital, où tu tiens des propos incohérents, et du jour au lendemain, tu reviens parmi nous. Et là tu es en train de me dire que quelqu'un dans ton coma t'a expliqué ce que tu avais et t'a fait ...
Non pas quelqu'un, juste moi, une partie de moi.
Nous avons vos résultats Monsieur, nous arrêta le médecin en entrant dans la chambre.
Cela tombe bien, j'allais demander ce qu'il en était, continua Sarah en se levant. Car il commençait à perdre un peu les pédales et à me raconter dans une atmosphère de démence ce qu'il s'est passé lors de son flou artistique.
Ah oui, c'est bien vrai Monsieur X ?
Pas du tout, je lui racontais quelle sensation on éprouvait dans le coton, lui répondis-je de suite
C'est pas vrai, il me racontait... commença Sarah.
CQFD, la coupai-je. Ce qui veut dire dans notre jargon de tous les jours, n'insiste pas ! On passe à autre chose, très utile quand un test rencard tourne mal...
Sarah alla donc se rasseoir nonchalamment sur le fauteuil qu'elle occupait peu de temps avant et donna la parole au médecin.
Alors docteur ?
Eh bien, je suis heureux de vous dire que vous êtes en pleine forme, tous les examens sont normaux, hormis la tension qui présente une forte courbe pour un état comateux, cela semble un peu bizarre, mais sinon tous les centres vitaux vont pour le mieux.
Je vous le disais que j'étais en pleine forme.
C'est justement bizarre oui, on ne se réveille pas tout à fait comme cela d'un coma d'une si longue durée et vous allez tout de même suivre un traitement et écoper de plusieurs séances chez le psychologue de l'hôpital avant d'aller gambader, dit le médecin en commençant à partir.
Et après, on osera me dire que les miracles n'existent pas, dit-il à l'écart.
Elle attendit que le bouton de la porte fasse clic, et elle me sauta à moitié dessus.
Explique moi ! me dit-elle les yeux interrogateurs.
Je veux bien essayer mais tu vas encore crier à l'hérésie et ne pas me croire.
Non, je t'assure, je suis des plus calmes, je peux t'écouter sagement.
Bon, eh bien... A vrai dire, je ne sais pas trop par où commencer, car moi aussi au tout début de mon soit disant coma, ou enfin du moment où je me suis mis à m'en rappeler, je n'étais pas sûr de moi, et l'histoire que j'ai vécue, moi aussi j'ai mis du temps à y croire, à le croire.
Justement, qui c'est ce Il ?? me coupa-t-elle.
C'est là que toute l'histoire a commencé. Je me suis réveillé dans ma chambre, enfin ma vraie chambre, celle où trônent toutes mes affaires et mes misères. Je me suis levé, croyant que je sortais plus d'un coma éthylique plutôt que d'un coma tout court, car j'avais un mal de cheveux prononcé et puis j'avais une haleine à couper au couteau.
C'est ça qui t'a amené là justement, l'alcool.
Oui, ça peut-être, mais d’un autre côté, cela ne peut pas être une explication rationnelle.
Et qui te dit que non ? m'interrogea-t-elle.
Tu es en train d'insinuer donc que je suis bel et bien fou… A quoi bon te raconter alors, si tu ne m'écoutes pas et m'interromps toutes les 30 secondes.
Pardon, continue, me dit-elle l'oeil agar, tel un journaliste qui flaire un scoop.
J'étais donc dans mon lit, dans l'état que tu le souhaites, c'est là que comme Jeanne, j'ai entendu des voix. Me croyant ivre, je n'y ai pas prêté attention au début, mais quand celles-ci ont été insistantes et répétitives, et que je me suis retrouvé face à moi, j'ai pris peur.
Face à toi ? me coupa-t-elle.
Oui face à moi. Il s'est présenté à moi, par l'intermédiaire du miroir.
Tu es sûr que tu ne veux pas voir le médecin tout de suite ? me dit-elle en se levant.
Tu me crois donc fou c'est bien ça ?
A vrai dire non, mais je t'avoue que j'ai un peu de mal à croire à une histoire pareille.
Mais moi aussi j'ai mis beaucoup de temps à y croire, à le croire, mais, il s'est fait passer simplement pour ce qu'il est. Il m'a parlé de ce que je faisais, ce que j'étais dans les moindres détails de mon être, de ma vie. Il m'a ému aux larmes, il m'a touché là où il fallait me toucher et il m'a même ramené à la vie.
Je ne peux pas y croire, te rends-tu compte de ce que tu peux me dire.
Je sais, je sais. J'aurais peut-être mieux fait de rester de l'autre côté alors.
Ne dis pas des choses comme celles-ci. Tu ne peux pas savoir ce que l'on, ce que j'ai vécu là, à ton chevet.
Peut-être oui, mais tu ne peux pas savoir non plus l'expérience que j'ai vécue moi. Tout était beau, tout était simple. Je ne ressentais aucune oppression, la vie était belle comme tout. A travers son regard, les choses n'étaient pas aussi mauvaises et corrompues que telles que je les vois, les choses étaient belles dans ses yeux, la vie était belle d'après lui, j'étais beau dans son regard.
Mais la vie sans toi, ici, elle n'est rien, me dit-elle en sanglotant.
Je ne voulais pas en venir là ma belle, lui dis-je en faisant mine de la prendre dans mes bras.
C'est facile, me dit-elle en repoussant mon étreinte. On m'appelle un soir en pleine nuit, pour me dire que mon meilleur ami, la personne à laquelle je tiens le plus au monde est entre la vie et la mort. Je passe plus de 6 mois ici, de jour comme de nuit, dans l'espoir de te voir ouvrir les yeux. Mais rien ne vient. Puis aujourd'hui, mon téléphone qui sonne en pleine réunion de travail… Eh, oui de mon côté, il a bien fallut continuer le reste de vie que j'avais, car sans toi, je ne suis plus rien. Et puis toi, tu es là, enfin je ne le sais même pas et tu arrives à me dire des choses comme cela, que tu étais mieux ailleurs sans moi, à quoi bon...
Je n'ai pas voulu te blesser en te racontant ce qu'il m'est arrivé. Je veux seulement te dire ce que j'ai vécu et le bien-être comme je l'ai vécu, sans aucune arrière pensée malsaine. Mais simplement pour que tu comprennes ce que j'ai pu aussi ressentir moi dans ma partie à moi.
C'est facile d'être aussi égoïste et ne penser qu'à soi, la preuve, tu rêves éveillé sans même penser à moi.
Mais bien sûr que si, j'ai pensé à toi, j'étais dans un ailleurs mais avec mes souvenirs d'ici. Ce n'est pas le problème de t'avoir oublié que je t'expose, mais le fait d'être parti avec mon être dans un endroit encore inconnu. Un endroit où j'étais serein, où la vie était belle sans être troublée par le monde extérieur, un monde où j'étais...
Mort, dit-elle pour terminer ma phrase.
Un néon dans un coin de la pièce clignota trois fois et s'éteignit pour toujours.
Lyan
Je la regardai une dernière fois, un peu comme deux amants qui se regardent au travers d'une vitre alors que le train va partir. Je la regardai avec un regard qui voulait tout et rien dire à la fois.
Je la regardai une dernière fois, d'un regard profond transmettant un au revoir, puis j'ai laissé ma tête basculer de côté.
Puis plus rien. Puis un grand silence. Puis un grand ensemble blanc. Puis une voix au loin floue et vague… Il est parti.
6 décembre 2007
L'idée a fait son chemin, avec trois petits points derrière .
L'orage avait cessé et avait laissé place à une belle journée. Les rayons de lumière entre les lames des volets en étaient toujours les témoins. Ils laissaient paraître un soleil déjà haut dans le ciel, vu l'intensité qu’ils dégageaient en venant lécher ma fenêtre. C'est peut-être pour cela que je me suis extirpé tout doucement des mes songes. Pourtant, je n'avais pas l'impression d'avoir dormi d'un profond sommeil. Il y a des nuits comme cela où les songes semblent frôler la réalité, ceux que certains s'avancent en les prénommant prémonitoires. Qui sait ?!
J'entrouvris les yeux et aperçu une plume blanche posée sur mon oreiller, juste devant mon nez.
Mon reflet dans le miroir me sourit.
A suivre ...
Peut-être...
"1, 2, 3, Sommeil", Larsen Ryan (France) larsenryan@hotmail.fr |