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| "Ô enfants de tous les vents", KOLIE Edouard (Guinée) |
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Ô enfants de tous les vents !
Poèmes
Prologue
Ecrit principalement entre quinze et dix huit ans, ceci est mon premier recueil en vers et ma toute première œuvre littéraire. Il est la mémoire d’un enfant victime de guerres dans la hantise du Mal. C’est l’écho de ses quatorze hivernages qui continue à se répercuter quoique le son se soit éteint.
Cet enfant agonisant, rencontré au soir de sa vie au milieu d’un charnier humain, a éveillé et sorti de sa torpeur ma plume. Environné de mines et giclant dans un énorme épais de sang, les membres squelettiques, l’allure meurtrie, la seule chose qu’il put me confier fut : «Il est honorable que ceux qui ont pour jouet la plume, oeuvrent à l’aspiration de la couche la plus fragile et défavorisée. Es-tu capable de graver de graver dans le temps, la mémoire de ma très longue et courte vie ? La voici… »
Je voyais ses lèvres voûtées, légèrement s’ouvrir et se rapprocher ; me contant cette vie, la sienne, la leur, la nôtre…
Soudain, plus rien, il s’immobilisa dans mes bras, la bouche frugalement close, les paupières gravement rabattues.
Cette œuvre d’adolescence célèbre de quotidiens faits que vivent les enfants des derniers temps et par fidélité à ce qui me fut révélé, je dus m’écarter de la conception trop optimisme de la vie. Car selon cet enfant,
« Comment espérer
En un lendemain décoré
(S’ils) élèvent sur les ruine de la raison
Un monde qui s’abreuve de trahison ? »
Selon Euripide, « Les hommes sont naturellement mauvais. Il en est qui font le mal, parce qu’on les a payés pour le faire on les flétris justement. Mais un plus grand salaire reçut pour un plus grand méfait les dispose à mieux s’accommoder de ce mépris. »
Revu ces dernières années, cet ouvrage a reçu quelques pulsations nouvelles dans la perspective juste d’actualiser sa teneur et tenir la promesse que je fis à cet enfant qui n’est plus. Où qu’il repose puisse-t-il savoir enfin que sa voix est sculptée dans le temps et que rien de ce qu’il me dit ne fut exagéré car Dumas Fils l’eut comprit très tôt en soutenant : « Quand on voit la vie telle Dieu l’a faite, il n’y a plus qu’à le remercier d’avoir fait la mort. »
Enfin, qu’on veuille bien me pardonner de la liberté que je prends pour offrir à un public mûr les fruits verts d’une pensée adolescente uniquement soucieuse de satisfaire une promesse.
A tous les enfants
Semés dans les vents
Morts dans quelques machinations
Voici l’expression de ma vivante affection
L’ouragan
Enfants d’Afrique
Enfants d’Amérique
Enfants d’Europe et du soleil levant
Ô enfant de tous les vents
5 Un typhon maudit
Inédit
Couvre la terre
Incendie les fleurs
Et les hommes
10 Sous leur vieil âge
S’en abrite
Mais dans le faîte
Du désarroi
Les rois
15 De l’innocence
Crèvent dans la turbulence !
C’est à vous enfants du monde
Dont la vie est lourde
Enfants du couchant
20 Et du levant
Ô enfants de tous les vents
Que s’élève cette clameur
L’horreur des maux de la terre
Que je dédie ces mots
25 Aquarelle de mille de maux !
Le monde s’affaisse et se contrefait
Qu’avons-nous fait ?
En océan
Le sang
30 Est répandu
Ce sang défendu
Coule
Roule
Dans le froid
35 A travers les bois
Il ruisselle
Chaud dans les ruelles
Autour de nous poussent
Et s’obscurcissent
40 Ténèbres
Et marâtres
La douleur s’amasse
Des grincements de cœurs cadencent
Les hurlements des armes
45 Les pervers colorant ce drame
Le monde s’affaisse et se contrefait
Qu’avons-nous fait ?
Le lourd feuillage est en feu
La terre crache ce feu
50 A nos pieds boiteux
Il se consume
Elle se calcine !
Qu’avons-nous fait ?
J’avais un chat chez moi
55 Charles lui un chamois
Aussi deux petits coqs
Lui un seul dindon à l’époque
Mais ils ont tous péri
Dans ces froides barbaries
60 Leur souvenir immerge mon imagination
Bien après leur triste disparition
Dans cet exil qu’exalte l’angoisse
La faim me compte ses prouesses
Les épidémies leur victoire
65 Que d’enfants dans leur balançoire !
La soif tance et bravade
Me replie en moi une vaste peur limpide
Un tourment comme l’océan
Me vadrouille dans de gouffres béants
70 Çà
Et là
Telle la feuille en tourment
Dans le désordre du vent
Le feu me cuit le talon, fiévreusement
75 Le vent a tissé en lambeau mon vêtement
La sueur pourrit ma peau
Et mes cheveux, d’effrayants nids d’oiseaux !
Et dans cet exil que braille l’angoisse
Aux bruits de sabots et de bottes
80 Je cours pieds nus, la tête lourde
Les idées légères et vides
Sur cet infini chemin
Aux sombres lendemains
Enfants d’Afrique
85 Enfants d’Amérique
Enfants d’Europe et du soleil levant
Ô enfants de tous les vents
Dans une nuit équatoriale
Tout commença par des rafales
90 L’astre de la nuit s’affichait pourpré
Au creux du ciel, il s’enfuyait mal gré
Mêlant à sa fuite toutes les étoiles
En hâte même se sauvait le ciel
Tous fuyant à grandes enjambées la contorsion
95 D’un monde drapé dans de vives tensions
Des hommes s’attaquèrent
Se sermonnèrent et répliquèrent
Pour des partis
Ils prient parti
100 C’était un typhon
Aux grêlons
De feux
Des dieux
De la terreur
105 Seigneurs des guerres
Des balles volaient
Riaient et crépitaient
Et des balles ruisselèrent sur ma grand-mère
Et des balles arrosèrent mon grand père
110 Je les vis finir
Impuissant de les retenir
D’épais de torrent
De sang
Circulant
115 En océan
Je vis maman ramper dans le bois
La sœur Rosa au dos, pleurant ce désarroi
Mon frère disparut dans le noir
Sans dire au revoir
120 Papa m’enveloppa
Au loin il me posa
Mais plus je ne l’ai revu
On s’est quittés depuis
Dans un autre typhon
125 De grêlons de plomb
Il y a bien des années
Ma mémoire en est ruinée
Où es-tu mère ?
Que fais-tu père ?
130 J’aimais taquiner mon frère
Rire des grimaces de la sœur
Quels souvenirs indécis
Décatis
Dans les jours égrillards
135 Des brouillards
Maman très loin tu me fascines le cœur
Tout petit je me revois entre tes fers
De ton lait de vie je veux m’enivrer
Ce capiteux et succulent vin asséché
140 Ö maudit soit ce temps de désarroi
Périssent ces longues nuits d’émoi !
Papa, je n’ai plus aucune idée
De notre généalogie tant vantée
De longues ailes d’aigles
145 M’ont griffé le cœur et épinglent
L’âme d’épouvantes horreurs
Le cri de fers me déborde de terreur
À mon frère dans la fleur de l’âge
Tu as recommandé d’être sage
150 Père, encore, je sais
Ce que tu lui conseillais
« Quand tes amours varlopent les pierres
Peignent les plaines et apprivoisent vipéreaux et vipères
Débordent de lumière ton étoile sur les toits
155 Tes doigts d’or comme les rois
Sois prudent mon fils
Que l’orage déchire ta liberté
Torde, fende et fonde ta dignité
Timbrent ton arbre de son ombre
160 Par de langueur lugubre
Protège-toi mon fils
Sous le talon nu du monde
Coule le sida tel un fleuve
Il va et vient de l’amont à l’aval
165 Comme un monstre domptant tout rival »
Toi frère
Dans l’ardeur
D’une vie
Sans souci
170 Aux clairs de lune de tambours
Nous voguions comme des sourds
En compagnie des nos pairs
Les poumons distendus par de grandes bouffées d’air
Nous chantions en chœur
175 Comme d’innocentes fleurs
« Vers toi, je viens, la vie
L’âme saine et sans souci
Je suis arrivé par l’unique portail
Contempler tes merveilles
180 Laisse-moi m’étendre sous ta lumière
Me tortiller dans tes clairières
Et envole-moi dans tes pourtours
Tout le long de mes jours
… »
Frère, pourquoi se rappeler la suite
185 Ce chant qui nous égayait était une fausse note
C’était mal connaître les hommes ici
Les grands et leurs mille envies
Comme tu as pu t’en apercevoir
Inutile d’ouvrir les oreilles pour voir
190 Frère, comment espérer
En un lendemain décoré ?
Toi Rosa
Quand tout arriva
Tu tétais encore
195 Candide comme le bord
Des prairies
Du paradis
Ô tendres grands parents
Mes yeux vous ont vus mourants
200 Depuis que vous vous êtes éteints
D’horreur mes yeux sont peints
Dans mes pensées, jour et nuit
Ces grands yeux embrouillés et nus
Vous faîtes surface
205 Dans chacun de ces espaces
Aimés
Et calcinés
Pourquoi m’abandonner là
Pour vous sauver à l’au-delà
210 Me laisser noyer dans la violence
Que de vagues de souffrance !
Avec les autres enfants
Endormis bien longtemps
Tâchez de me préparer une place
215 Elle se défait cette cuirasse
Après l’assaut final qui m’attend
Impatiemment et éperdument
De nouveaux cieux souriront
Ensemble et sans fin nous vivrons
220 Le soleil plus fort
Pour sécher ces larmes de tort
Comment espérer
En un lendemain décoré ?
Les pervers enceintent le Mal
225 Qui accouche des rebelles
Les rebelles courtisent le Mal
Qui enfante terroristes et criminels
Ensemble, ils labourent la terre de mine
Des épines dans cette étendue limoneuse
230 Et qu’éclôt ? Les grains de calamités
Des plants au bout fleuri de cruauté
Elèvent sur les ruines de la raison
Un monde qui s’abreuve de trahison
Martèlent la paix
235 Et dans les baies
L’enterrent
Dans la terreur
Enfants d’Afrique
Enfants d’Amérique
240 Enfants d’Europe et du soleil levant
Ô enfants de tous les vents
Le monde s’affaisse et se contrefait
Qu’avons-nous fait ?
Dès qu’il fut accouché
245 Dans la mêlée
Le Mal
Par des rebelles
Comme une sorcière
Avec une nuée de vipères
250 Qu’il surprît mon enfance
Cajolée dans le faste de la brousse
Elle s’en vola
Au-delà
Des monts hauts et bas
255 Là loin de là bas
Elle se dissipa
En forte fumée
Ferme et feuillée
Et dans le vent
260 Il y a sept ans
Je fus jeté
Abandonné
Seul sous ce ciel
Qui se meut par balle
265 De nuage
De rafales
Depuis sept ans
Il y a très longtemps
Je vis dans cette errance
270 De courroux et de violence
Dans le gris
De mon esprit
Il y a sept ans
C’est dans les vents
275 Que je m’épanche
Dans les vallées sèches
Ces hauts foyers
D’innombrables charniers
Que de batailles
280 De billes
Et de médailles
Dans le feuillage de la volaille
Murailles
Et merveilles
285 En vrac
Quand tout craque
Ainsi
Est ma vie
Sans ciel sans sel
290 Sur de sanglants sols
Enfants du couchant
Du levant
Ô enfants
De tous les vents
295 Dans ce royaume de merveilles
Nous étions soleil
Rois à couronnes de gâteaux
Les paniers débordaient de cadeaux
Princes de temples augustes
300 L’honneur embaumait la tête
Pourquoi à la randonnée des armes
Ils nous souillent la sainte âme ?
Pourquoi nous ont-ils semés dans cette vie
Comme le ciel s’affaisse sur une pie ?
305 Dans cette vie vêtue d’horreur
Ils nous repiquent au milieu des pleurs ?
Et je pleure nos pleurs d’enfants pris à la gorge
Aux fesses nues flambant dans la fournaise
À la merci de pervers et rebelles
310 De terroristes et criminels
Dans cette vie de cachot
Dépiécée en lambeau
Dans ces funestes asiles
Loin de ce royaume fertile
315 Où sont-ils ces compères
De jeux et de chœurs ?
Tendresse nous fûmes
Offerts au Mal dans les armes
Comment espérer
320 En un lendemain décoré ?
Enfants du couchant
Du levant
Ô enfants
De tous les vents
325 À ces souvenirs
Je fonds à finir
Tout petit, je vivais là bas
Dans une vallées bordée d’hévéas
Là bas loin du littoral
330 Vers l’extrême australe
Dans cette vallée creuse
Avec des versants en pentes
C’était là bas
Dans une vallée d’hévéas
335 Surplombée de monts à verdure d’éloges
Que s’élevait haut mon village
Aux cheveux d’agrumes drus
Au regard miroitant de fruits
Là bas à l’ombre des chênes
340 Les pierres se confiaient aux hommes
Les hommes aux racines des arbres
Les arbres au temps et à son ombre
Tout ne fut qu’un là bas
Dans cette vallée d’hévéas
345 Mais il a été peint d’horreur
Calciné et foutu à l’air
Ce fut une autre enfance
Cousue de lauriers de rosaces
Façonnée de merveilles
350 Comme un flot de soleil
Et dès que ma pensée
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Dans ce passé
Se faufile
Mort qui brille
355 Je les revois, moments carnavalesques
Au décor tout cabalistique
C’est le beau visage ridé de grand-mère
Les suaves épopées de grand père
Qui me retiennent
360 Sur leur rivage
Je me revois leurs lèvres ramper
Vers de sublimes contes de fées
Je me revois tout mignon
Avec mes compagnons
365 C’est nous ici
Sans souci
Nous là bas
Sans embarras
…
Que de jours à couvert de bruits
370 Sept ans le séparent d’aujourd’hui
Ô âmes saines et salies
C’était un jour de Noël rempli
Je me souviens
Assez bien
375 Tôt le soleil s’était majestueusement vêtu
De parures rares les cieux étaient revêtus
La brise venu d’en haut
Tenant en main le chapeau
Parfumait les barbes de l’univers
380 Qui renaquit tout vert
Cécile s’empressa sur sa balance
C’était un jour de fête et de cadence
Philippe et Philibert sur leurs fleurs
Sophie et ses photos dans un verre
385 Alphonse son téléphone,
Nous courûmes tous autour des carrefours
Enfants au cœur d’ange
Dans une prairie de bleu nuage
On se reposa sans souci
390 Comme l’oiseau dans son nid
Nous partîmes ensuite
Pour répandre la fête
Autour des carrefours
Dans les pourtours des fours
395 Aux alentours des bourgs
Avec les autres des faubourgs
Taper avec humour
Sur les tambours
Nos parents dans de gaies tours
400 Partout nous faisions des tours
Hélas le lendemain le Mal rassembla ses petits
Ils nous éclaboussèrent de deuil et tout fini
Ils tuèrent notre bonheur
Et nous clouèrent à la terreur
405 Ce beau chant jaillissant de cœurs sains
Tout cet ornement divin
Enveloppé dans les hauts monts
Le chant fredonné même à l’amont
Du ruisseau qui se faufile
410 Entre les vallons en fil
Notre petit doux chant
Du levant et du couchant
Bâtie sur une énorme brise
Que soufflait une petite langue
415 Etait le credo des êtres
Qui venaient à la vie de naître
L’âme verte
Anoblissante
Leur doux chant
420 N’était pourtant désobéissant
Mais terroristes et rebelles
Pervers et criminels
…
Et aujourd’hui, loin de ce monde
Egaré dans de déserts torrides
425 J’ai perdu tout repaire
Même l’histoire de mes pères
Là bas peint d’horreur
Calciné et foutu à l’air
Des balles ruisselèrent sur grand-mère
430 Et des balles arrosèrent grand père
Je vis maman ramper dans le bois
La sœur Rosa, pleurant ce désarroi
Le frère disparut dans le noir
Papa me quitta sous de grêlons de feu un soir
435 Il y a sept ans
Je suis couvé dans ces vents
Que de cris d’enfants
Loin de la chaleur des parents
C’est ce sang innocent
440 Qui circule en océan
Le mois de juin
Enfants d’Afrique
Enfants d’Amérique
Enfants d’Europe et du soleil levant
Ô enfants de tous les vents
5 Que germe-t-il de ces discours
Fleuves et arides aux sombres contours
Sur « le mois de l’enfant »
Que de tambours battants !
10 Le mois de juin
Le mois oint
Mois de l’enfant
Tant de tambours battants !
Quel mois ?
15 Pendant que leurs mandats se prorogent
Comme l’ardeur des pluies sauvages ?
Au moments où pervers, rebelles
Et terroristes courtisent le Mal ?
Quel mois ?
20 Pendant que les cœurs de pierre
Font des enfants engrais des clairières ?
Au moment où la dictature
Dépouille le pouvoir de sa verdure,
Quel mois ?
25 Quand la démocratie
Aux longs crocs de scie
Violée
Mutilée
Grogne
30 Et gronde ?
Quel mois ?
Quand pervers et rebelles
Embrasent le feuillage du ciel ?
Ou quand la terre crache ce feu à nos pieds boiteux ?
35 Quel mois ?
Au moment où de larges tourments
Nous vadrouillent dans des gouffres béants ?
La sueur pourrissant la peau
Et les cheveux, des nids d’oiseaux ?
40 Dites-moi
Quel mois ?
« Le mois de juin »
Gravement oint
Mais pour quel enfant ?
45 Tant de tambours battant !
Quel enfant ?
L’innocent qui meurt en Irak ?
Dans les tours de New York ?
Quel enfant ?
50 Le sans abri du Burundi ?
Du Kosovo ou de la Bosnie ?
Du Rwanda ?
Ou d’Ouganda ?
Tous ces orphelins libériens ?
55 Ou leurs voisins ivoiriens ?
Quel enfant ?
Les enfants fumants dans les charniers d’Algérie ?
D’Ethiopie ? d’Angola ? ou d’Erythrée ?
Ou ceux dont le sang au Darfour
60 Inonde encore les carrefours ?
Quel enfant ?
Le Palestinien à l’âme ruinée ?
Ou son frère d’Israël, son ennemi juré ?
Quel enfant ?
65 Chacun des enfants qui s’éteignent dans vos violences
Quelque part dans ce vaste monde ?
Quel enfant ?
Ce Small soldier au coeur
De rochers et de pierres ?
70 Ou celui au nez mousseux
Qui pleure le dos fabuleux
De sa mère que vos balles ont cassé
Alors qui ne peut encore marcher ?
Quels enfants ?
75 Ces enfants que vous avez déniés ?
Condamnés
Par vos manigances ?
Dont vous avez miné les espaces ?
Quels enfants ?
80 Tous ces rejetés
Mal aimés
Ces milliers de sans voix
Sous tous vos poids
Quelque part en Afrique
85 En Amérique
Dans l’indifférence
Des cœurs d’Europe
Sous les décombres en dents de scie
Quelque part en Asie
90 Ces sommes d’orphelins
Auxquels vous offrez de maigres pains
Victimes des traites
Très onéreux dans les trafics
Indignes de l’école
95 Mais cibles de pédophiles
Ces sans voix
Sous tous les poids
Auxquels vous attribuez des droits
Qui ne sont guères lois
100 Piétinés chaque fois
Ces enfants sans voix
Tant de tambours battants
Les mois de juin, de l’enfant
Les mois de gain
105 D’énormes profits en vain
Pour les enfants
Pendant leur mois de l’enfant
Tant de tambours battants
De larges tourments
110 D’arides et fleuves discours
Stériles aux sombres contours
Quel mois ? pour quel enfant ?
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La prophétie en ruine
Enfants d’Afrique
Enfants d’Amérique
Enfants d’Europe et du soleil levant
Ô enfants de tous les vents !
5 Dans le grognement de l’ouragan
Qui fend et arrache cœurs et dents
Que peut rester de la prophétie de grand-mère ?
Selon l’oracle de son grand père
L’homme que j’eusse été
10 Pour la poésie fût né
Mes cellules forgées de rimes
Mes tissus tissés de rythmes
Chaque organe en érigé
Les appareils en vers tel dans un musée
15 Selon l’oracle, je suis fait pour poésie
Pour le verbe et sa magie
La grande boîte
Du fond de la tête
Au sommet de Parnasse fleurit
20 Un matin de grands lys
Pégase m’envola au ciel
Apollon me fut oindre d’huile
L’astre y forgea mon génie
Et de mûres Muses, je devins le nid
25 Selon la prophétie
Couvé dans l’oracle inédit
Tout fut pour satisfaire
La poésie, sa magie et ses vers
L’aurore qui me vit naître
30 Comme création de peintre
Plus tôt
Avait éclos
Pur de vifs ornements
Chatouillant chaque champ
35 L’atmosphère toute fraîche
Et le soleil déjà complice
Arborait l’azur
Comme à une cérémonie rare
Le froid cajolant les hirondelles
40 Comme abeilles devant leur miel
Avec tant de passereaux
À sacrer la cérémonie avec brio
Soudain les étoiles s’y jetèrent à grand cœur
Escortant leur vieille mère
45 Dont la coïncidence avec le soleil
Fut des plus grandes merveilles
Selon la prophétie
Couvé dans cet oracle inédit
J’étais attendu patiemment
50 Et la poésie jaillit impatiemment
L’homme que j’eusse été
Pour la poésie fût né
Et j’eus mangé pour vivre
Mais écrire pour être
55 Hélas ! Rebelles
Et criminels
Ne m’ont que trop chassé
Oracle et prophétie traqués
Tel l’épervier
60 Et le poussin débusqué
Tel lièvre
Et couleuvre
Partout rode la mort
Çà et là dans chaque bord
65 Si elle m’atteint
Avant un mois de juin
Plus piteux
Et gueux
Si elle me libère
70 De tous ces fers
Là bas,
J’étalerai en tas
Sur les versants
De chaque champ
75 Prophétie et oracle
Pour de miracles
Pieux
À tous les yeux
Là bas
80 Fleurira
Muse
Qui hypnotise
Chantant la poésie
Magnifiant sa magie :
85 « Ta forme suffit tant pour titiller mon être
Ô eau pure, amas de trésor pétrifiés
Toi héroïne de doux rêves pleins de traîtres
Je te retrouve, jardin paradisiaque
Au fond de ce bel Eden regagné
90 Dans ce pré vert de magnanimité
Rien que tendresse et lumière que tu stockes
Je veux marcher dans les voies de ce cœur fidèle
Vivre dans chaque chose qu’épient tes yeux rimés
Eloigner de ce fer tant d’amas de grêle
95 - Pour écarter de ta chair la fatalité
Offre-moi donc ce don de la Dame nature
Plus précieux que l’or moins cher que vie : ta beauté ! »
Elle me sera une doublure
La déesse de l’âge mûr
100 Cette maîtresse
A servir avec adresse
Elle me sera amie
Je lui resterai soumis
Sur les rives
105 De l’autre fleuve
A couvert des teigneux
Où nul n’est véreux
L’enfant maudit
C’est moi qu’on désigne
Enfant maudit
Moi qu’on hèle
Enfant banni
5 Moi ! dans les yeux
La complaisance
Des aïeux
Sur mes couches
Le bonheur des mères
10 Sur les lèvres
Le sourire de chaque père
Moi à vaincre
Comme épidémie
Qu’on hèle
15 Enfant bandit
Moi qu’on appelle
Enfant soldat
À noyer comme un incendie
Moi votre appas
20 Au devenir meurtri
Enfant d’intrigues
De guerres
De trafics
Enfant de misère
25 Qu’on crie
Enfant flâneur
Moi qu’on plie
Enfant baroudeur
Mendiant
30 Enfant triché
Ô enfant
Varlopé
De rue
Analphabète
40 Recrue
D’être bête
À ces moments
J’eus voulu vivre
45 Enfant simplement
Enfant de joie ivre
Avant de le déserter
En proie aux aventures
De l’autre âge délavé
50 Comme une saillie d’ordure
Le pirate
L’oiseau d’au-delà de l’eau
Venu du delà de l’eau
M’a convié à la moisson du vin
Au-delà de l’eau
5 Récolté et servi
Ce ne fut que poison
Le vin moissonné
Au-delà de l’eau
D’où m’est venu
10 L’oiseau flibustier
D’au-delà de l’eau
Qui me vola l’enfance
Avant de brunir
Chaque espace
15 Pavant
Toute surface
D’enfer
Cet oiseau rebelle
L’aigle
20 D’au-delà de l’eau
Le vautour
Qui guette
Chaque
Poussin
25 Mignon
Le circaète
Hâbleur
Brimade
Rends-moi
Cet oisillon
C’est la mère
Qui me l’a confié
5 Il n’est pas à toi
Cet oisillon
Offert très haut
Dans les cimes
De nos bois longs
10 N’en fais pas
Un fouet
C’est mon jouet
Il me cajole
Quand je pleure
15 Je le câline
Quand il se sent seul
Les mélodies de sa mère
Ne lui manquent jamais
Je l’amuse
20 Il est mon jouet
N’en fais pas ton fouet
Aux grands
Il ne fait aucun honneur
Quand il sera grand
25 À ses parents
Je le rendrai
À la pie
De notre manguier
Rends le moi
30 Il ne supporte pas cette chaleur
Chargée de grêlon
Tes horribles ambitions
Il ne peut
Se vendre
35 Ni s’acheter
Il doit vivre
À mes côtés
C’est mon jouet
Je le rendrai
40 À sa mère
Quand il sera
Grand
Nostalgie
Tout seul ce matin
Le regard dans la main
Je m’anime aux souvenirs décatis
De ces moments partis
5 Beaux moments de verdure
Partis sans jamais avertir
Qui m’a fuit
Dérobant vie et fruits
Comment fut-ce possible
10 Que de vagues torrides
M’entraînent aussi loin de toi
Ô enfance à moi
Que tu t’en fusses allée
De mon univers sans un mot, quitter
15 Le sanctuaire de notre amour
Par crainte des vautours
Qu’il te fût permis
D’emporter aussi loin mes roses ?
Me reviendras-tu un autre jour
20 Comme le soleil de ces bourgs ?
La pie du manguier s’en réjouira
Sa mélodie nous égayera
Les mêmes de l’autrefois
Dans la candeur des pois
25 Vaste sera encore mon âme
Pour absorber toutes ces larmes
Et à jamais, dans une union louable
Nous redeviendrons solitaires ensemble.
Desséché
Me voilà déjà desséché
A l’aube de ma vie
Desséché
Comme le sable du Sahara
5 Que torture l’ouragan
Tous mes astres en deuil
Se vident de leur lumière
Frêle et dilapidée aux travers
Des canicules riantes de l’enfer
10 Plus un grain de vie
Et le lourd air
Que je mâche
En ce monde
M’a couvé loin de ma mère
15 L’échelle à l’ombrage
Miroitant de liliacées
Que brime l’angoisse
Noire des crépuscules
L’angoisse
20 D’être enfant
Dans la mêlée des grands
À l’aube de mon existence
Comme le buisson d’un vieil âge
Me voilà
25 Tout usé
Desséché
Sur les chemins
D’exiles
Opiniâtres
30 Froids ardents
Asséchée
Est l’âme
Qui s’en va
Moribond
35 Et fini
Le corps
Qui la gîte
Amère
Chaque heure
40 L’aube noircie
De larmes
L’aube noire
D’une existence
Barbouillée
Destin
Destin
Ô frustre
Destin
Me traques-tu ?
5 Pour quel délit ?
Pas une seconde
Que tu ne m’assailles
Ô destin
Mon destin
10 Que me veux-tu ?
Pourquoi
Moi sans toi
Toi sans moi ?
Quelle ténébreuse union
15 Ô destin
Mon destin !
Quelle fougue
À vouloir me tenir
Chaque instant ?
20 Je veux vivre
Heureux solitaire
Sans toi
Ô destin
Tracer ma propre voie
25 Loin des vagues
De tes hantises
Destin
Avec toi
Tout a achoppé
30 L’ardeur de mon enfance
Que tu ne peux même
Sauvegarder
Destin !
Je ne veux guère
35 Demeurer
Prisonnier
Je veux suivre
Ma mère
Là bas
40 Sans toi
Destin !
Que nos chemins
Se séparent
À chacun
45 Sa destinée
Destin
Mon destin !
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Biographie de l’auteur
Edouard D. Kolié, de son vrai nom Edouard Kolié, serait venu au monde par un petit matin de février 1980, le 24ème jour à Gbatala, petit village libérien du comté de Bong. Mais originaire de Koulé à quarante kilomètres de N’Zérékoré, République de Guinée, il appartient à la deuxième promotion des élèves qui commencèrent leur cursus scolaire en langue française après le premier régime en 1986. Ses études débutées très tôt se couronnèrent vite par un DES (Diplôme d’Etudes Supérieures) en Droit privé de l’université de Conakry en 2002 (la 38ème promotion).
Cumulativement à sa profession de juriste, Kolié est aujourd’hui professeur de langue française à l’Institut Privé Mahatma Gandhi après Cheick Fantamady Chérif, le Lycée et le Complexe scolaire de Lambandji.
Depuis l’âge de quinze ans, période à la quelle il signa son premier manuscrit : Ô enfants de tous les vents (primé par le jury du grand concours littéraire de Guinée, organisé par l’Association Panafricaine des Ecrivains en 2005), Edouard Kolié est auteur de nombreux manuscrits taillés dans presque tous les genres littéraires. Outre le premier (en 1995), citons :
- Dado Labilé, drame - 1998 ;
- Le chérubin des bois- roman - 2002 ;
- Les Rivières du Sud - poésie - 2003 ;
- Ténèbres au zénith- Recueil de Nouvelles, - 2005
- Epîtres tropicales- Lettres. 2007
Que dire de l’engagement de cet auteur ? Critique acerbe des mœurs contemporaines, Kolié est tantôt cyclone tantôt zéphyr. Pour la même cause et les mêmes effets, il se complaît à mélanger le magma avec le lait de vie. « L’un dégageant et frayant avec frénésie le chemin, l’autre à sa suite, pansant et rafraîchissant. »
Veillant sans cesse au chevet de la justice et de la paix, il pense affermir sa plume dans les vallons suffocants de l’existence humaine et l’immortaliser dans les désarrois torrides de la vie. Comme mission, il souhaite, en compagnie de ses frères d’armes, gérer la cité en la débarrassant des misanthropes pour construire enfin le Royaume.
Contact : Edouard Koilé
(00224) 64 29 14 92
Email : cvlpink@yahoo.fr
S/C Maître Alpha O. Diallo
Immeuble Labé Cité Chemin de fer 3ème Etage
BP 1295 Conakry
REPUBLIQUE DE GUINEE
"Ô enfants de tous les vents", KOLIE Edouard (Guinée), cvlpink@yahoo.fr |
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